Triste fin …

27 décembre 2009

J’ai toujours aimé me balader sur les ports, c’est une invitation aux voyages : les cargos aux noms souvent étonnants et aux ports d’attache divers, les odeurs, l’atmosphère…(sortez les mouchoirs).  Un beau jour d’août 2006, qu’elle n’a pas été ma surprise lors d’une de ses balades sur le slipway du port de Lorient, de tomber nez à nez avec un hydrofoil à moteur. Bien entendu, je suis moins “moteur” que “voile”, mais je reconnais la bête, un engin d’origine soviétique. Le lendemain je reviens avec mon appareil photo et je m’interroge sur sa présence dans un port de l’atlantique ou la mer n’est pas vraiment adaptée à ce type d’engin qui dispose de foils de première génération (foils en V). La lecture d’un grand quotidien régionale, spécialisé grand ouest, va m’en apprendre un peu plus sur l’animal.

Delfin en vol – photo site IHS annonce de vente 2003

L’escale Lorientaise

Le Dolfin est arrivé en 2006 dans le port Breton pour être réparer avant d’être théoriquement exploité par une société Corse : l’Union Méditerranéenne de Navigation. Lors de l’achat du Dolfin, l’UMN a dans l’idée d’ouvrir une liaison rapide entre Madhia et Hammamet. Projet qu’elle a peut être abandonné suite aux différentes mésaventures arrivées au bateau durant son transfert. En mer du Nord, en raison d’une vitesse excessive par rapport à l’état de la mer, il perd ses survies. A Dunkerque, dans le sas du port, il abîme ses foils. Il s’arrête ensuite à St Nazaire pour une avarie de la pompe de refroidissement du groupe électrogène. En repartant, il démarre avec de l’eau dans un cylindre…  C’est donc pour une complète remise en état qu’il est rapatrié à Lorient pour y subir des travaux de chaudronnerie, de peinture et bien évidement de mécanique. Malheureusement UMN fait faillite et laisse une belle ardoise de 152 000 € aux entreprises Bretonnes. Intéressé par cet hydrofoil prêt à naviguer, une société Russe essaye de racheter le bateau pour qu’il soit exploité sur le Delta du Gange. Mais le prix proposé est sans rapport avec la valeur du bateau et aux sommes dues aux entreprises du bassin Lorientais, la vente n’a donc pas été conclue.

Delfin à Lorient –photo FM août 2006

Le bateau

Hydrofoil de type Kolkhida, conçu pour le transport de passagers et accessoirement de soldats de l’Armé rouge dans les eaux intérieures de l’ex URSS ou sur les lacs et fleuves.

Quelques chiffres

  • Date de construction : 1987
  • Lieu de construction : Poti, Géorgie
  • Matériaux, coque et superstructures : aluminium
  • Matériaux foils : inox
  • Longueur : 34.5 m
  • Largeur : 10.3 m
  • Tirant d’air en vol : 10.8 m
  • Tirant d’air au repos : 8.9 m
  • Tirant d’eau en vol : 1.9 m
  • Tirant d’eau au repos : 3.5 m
  • Vitesse max. : 35 nœuds
  • Capacité : 124 personnes
  • Equipage : 6 personnes
  • Motorisation : 2 moteurs de 1500 cv à 12 cylindres en V
  • Zone de navigation : 50 miles d’un refuge, capacité 200 miles.
  • Conditions maximale de navigation : mer équivalente à F3, vagues de 2 m pour navire décollé et 3 m navire au repos. Vent F5
  • Déplacement : 72 tonnes

Les enchères

Pour récupérer un peu d’argent afin de payer les entreprises flouées (STLIM, Ateliers Normand…),  dés 2007, le tribunal de grande instance de Lorient organise des enchères publiques avec une mise en vente du bateau à 100 000 €, mais sans succès ! Le 28 mai 2009, une nouvelle vente est organisée. Le Dolfin est mis à prix pour la modique somme de 20 000 € .  Et c’est à ce prix que Lionel Audouys remporte l’affaire. Monsieur Audouys est le seul acheteur présent ou presque ! Presque, car un avocat missionné par un acheteur Russe était aussi sur les lieux mais il ne peux pas se porter acquéreur du navire, le moyen de paiement de cet acheteur étant du « cash ». Bizarrement, le chèque de banque est préféré à la mallette de billets ! Déçus de ne pas avoir réussi à acheter le Dolfin, plusieurs acquéreurs d’origine Russe contactent Lionel Audouys plusieurs fois par jour. Ils vont jusqu’à proposer 100 000 € et le même type de bateau (sûrement en moins bon état) ! C’est vrai que le bateau réparé et modifié à Keroman en 2006 vaut au minimum 400 000 €, puisque sur un site Internet, un bateau de ce type est mis en vente pour ce prix (et il est peut être en moins bon état) !

Foil avant - photo FM août 2006

Le projet de Lionel Audouys

Déjà propriétaire d’un bateau de promenade, le Jaman IV capable d’embarquer 58 personnes et mouillé en bas des remparts de Dinan, Lionel Audouys, a eu coup de foudre pour le Dolfin. Il souhaite alors transformer ce bateau, en restaurant – salle de cinéma avec bar terrasse sur le toit. Le Dolfin devant être amarré au côté du Jaman à Dinan pour ne plus jamais naviguer, le démontage des moteurs et des hélices ainsi que le découpage des foils est prévus dans un chantier de Saint Malo …

Profil foil avant - photo FM août 2006

Le blocage

Le projet de Lionel Audouys n’est malheureusement pas du goût de tout le monde et surtout pas du conseillé général de Dinan Est, Michel Vaspart, qui n’imagine pas que l’esthétique du Delfin puisse se marier avec celle des façades des maisons à colombages de Dinan… Le maire de Dinan, monsieur René Benoît émet lui aussi des doutes sur le bien fondé de ce projet. Dépité, Lionel Audouys ne souhaite pas se battre contre ses détracteurs et abandonne son projet. J’ai contacté la Mairie de Dinan ainsi que le conseil général, mais je n’ai eu aucune réponse à mes interrogations…

Epilogue

Sûrement persuadé que le Delfin était « invendable », ou alors sous peine de devoir accepter de l’argent d’origines douteuses (avec en prime de possibles complications), Lionel Audouys décide de détruire le Delfin. Destruction réalisée après avoir récupéré du matériel, l’électronique et les moteurs. L’aluminium provenant de la coque et des superstructures devait, à lui seul, être revendu environ 9000 €. Ces différents éléments doivent théoriquement permettre de récupérer la somme investie (environ 30 000 €). Les superstructures sont détruire à la pelleteuse et la coque aux chalumeaux… Après cet épilogue malheureux, Lionel Audouys souhaite acquérir une péniche, qui sera sûrement plus proche des canons de beauté appréciés par les autorités locales. Cette péniche doitt ensuite être modifiée afin de réaliser le même projet que celui prévu au départ à partir du Delfin : un bateau restaurant.

Lionel Audouys et son fils Jonathan lors de la destruction du Dolfin – Ouest France 23/07/09 DR

Historique

  • 1987 construction à Poti en Géorgie
  • 1998 achat par une société Russe
  • 2001 modification des silencieux pour naviguer dans le port de Nexo (Danemark)
  • 2003 révision des moteurs et mise en vente en Pologne
  • 2004 rachat par l’UMN
  • 2006 arrivée à Lorient pour une remise en état (juin)
  • 2006 faillite de l’UMN
  • 2007 première vente aux enchères
  • 2009 vente à Lionel Audouys (mai) puis destruction (juillet)

Pour en savoir plus sur ce type d’engins

Sources


Ah ces designers !

19 avril 2008

Un des articles de ce blog les plus consultés depuis ses débuts, c’est celui concernant eXplorius, un concept de monocoque à foil d’Arnold Freidling, très esthétique mais dont on ne sait pas trop comment il tient debout :

Dans le même genre, voici un concept de Guillermo Sureda-Burgos :

Trouvé aussi cette peinture d’auteur inconnu :

Tout aussi délire, voire plus, mais réalisable au point d’exister, la Rinspeed Splash !

En 2004 elle a même traversé la Manche :

En passant, vous avez vu le pavillon ? Rinspeed, c’est une boite suisse! On fait des montres, des chocolats, des comptes en banque, mais aussi des folies à foils ;-)

A propos de design, comme vous le voyez j’ai changé le look du blog. Ce “thème” est un peu mieux traduit et a quelques bugs de moins que le précédent. En plus je peux mettre une image d’entête. C’est mieux, non ?


Hydrofoil et téléphone

16 février 2008

Tombé par hasard sur cette page donnant une info étonnante : en 1919, l’homme le plus rapide sur l’eau était Alexander Graham Bell. Oui, l’inventeur du téléphone !

Dès 1911, ce passionné a mis au point successivement 4 bateaux motorisés dotés d’hydrofoils. Le 9 septembre 1919, son “HD-4″ propulsés par deux moteurs d’avion atteignait 114 km/h (61 noeuds), plus du double des vapeurs les plus rapides de l’époque.


Supercavitation militaire

4 janvier 2008

Les premiers intéressés à aller vite dans l’eau sont, comme souvent, les militaires. Comme indiqué dans “le mur des 50 noeuds“, le destroyer français “le Terrible” détient toujours le record de vitesse des bateaux à déplacement avec 44.9 noeuds depuis 1935. Il est probable que son hélice tournait alors dans une grosse poche de cavitation, phénomène que tous les navires et qui plus est les sous-marins ont tenté d’éviter à tout prix par la suite.

Autour de 1999, il est apparu publiquement que les russes disposaient de torpilles capables d’atteindre 200 noeuds, soit 370 km/h sous l’eau (!!!), les Shkval. Ces torpilles propulsées par fusée tirent parti de la cavitation en créant une grosse bulle autour d’elles, réduisant énormément la friction avec l’eau: c’est le principe de la supercavitation.

Le contact de l’engin avec l’eau se limite à un petit cône à la pointe de la torpille (voir photo ci-dessous), et aux extrémités des ailerons qui “surfent” à la surface de la bulle.

Juste derrière le disque (ou cône, peut-être démonté sur la photo…) qui crée volontairement une poche de cavitation (de quasi vide) sur le nez de la torpille, on voit les tuyères par lesquelles du gaz est injecté pour “gonfler la bulle” et éviter ainsi qu’elle ne se referme sur le corps de la torpille.

A noter que plusieurs sources indiquent que le sous-marin Kursk qui a sombré en 2000 effectuait un test du Shkval, voire un tir de démonstration destiné à la vente de l’engin. Certains prétendent même qu’un ou deux sous-marins US étaient dans les parages pour observer ceci, voire interférer dangereusement. Mais ceci ne nous regarde pas, d’autant qu’il existe désormais un équivalent européen du Shkval : la “Barracuda” de Diehl BGT

sources: