Alinghi, avec ou sans foils ?

6 juillet 2009

Petit à petit, la bête qu’Alinghi prépare pour combattre Dogzilla devient de moins en moins secrète. Mais cette bête aura-t-elle des foils ?

Des vues d’artistes montre un cata muni de dérives mais on peut faire confiance dans l’équipe de Ernesto Bertarelli et pour nous “enfumer” ! L’animal, qui a été dessiné par Rolf Vrolijk et un design team coordonné par Grant Simmer, pourrait utiliser des appendices sustentateurs….

L’utilisation de foils permettrait de résoudre les problèmes de stabilité longitudinale que va générer un catamaran aussi large. Les résultantes de ces possibles foils en V se trouveraient bien plus proches de l’axe de l’engin. Ce qui permettrait, à mon humble avis, un meilleur pilotage du bateau que des dérives sur les flotteurs qui risquent d’accentuer l’effet “rail” de ce cata très large. De plus, certaines photos de Carlo Borlenghi, montrent la présence d’ouvertures à l’intérieur des coques (en avant du bras central), qui pourraient servir de fixation à des foils. Ces ouvertures pourraient tout simplement être des trappes réalisées pour l’assemblage bras/coques… Mais il faut pour moi une très bonne raison pour créer ce type d’ouvertures au risque de rejouer l’histoire “Team Philips (casse des flotteurs) et je ne suis pas certain que la fixation de la poutre en soit une ! Sur d’autres images, ces ouvertures sont “masquées”.

Mais peut être que je prends mes désirs pour un début de réalité !!?? L’équipe n’est pas très diserte sur son bébé, mais elle laisse entendre que des modifications sont prévisibles… Elle annonce entre autre un “concept plus innovant” que le trimaran de BMW Oracle. Dans aucune interview, l’équipe ne tranche sur la présence ou non de foils et semble même plutôt orienter son discours vers l’adoption d’un gréement particulier (Rolf Vrolijk) : “…ce qu’on peut gagner en vitesse au niveau des coques sera moins important au final que le gain produit grâce au développement du gréement et des voiles …” Mais que ce soit pour le gréement (2 mâts, voiles épaisses…?) ou pour les appendices, il reste peu de temps à Alinghi pour mettre au point cet engin, puisque l’affrontement est prévu en février 2010.

La mise à l’eau avec hélitreuillage par un appareil russe, est prévue mercredi prochain,  le 08 juillet et les premiers essais le 12.

Alors, foils ou pas foils ? A suivre…

Catamaran Alinghi, estimations

  • Longueur coques: 27,40 m (90 pieds).
  • Largeur: env. 23 m.
  • Hauteur du mât: env. 50 m
  • Grand voile: + de 500 m2.
  • Solent: + de 250 m2.
  • Poids: 18 à 20 tonnes.
  • Nombre d’équipiers à bord: entre 18 et 23 marins.
  • Architectes: Rolf Vrolijk et l’équipe du design team d’Alinghi
  • Consultants: Nigel Irens – Benoît Cabaret, Alain Gautier.
Photo de Carlo Borlenghi pour Alinghi

Photo de Carlo Borlenghi pour Alinghi


Le Zérocoque Mirabaud LX

14 mai 2009

Thomas Jundt présentait aujourd’hui les innovations récemment apportées à “Mirabaud LX”, illustrées par cette photo spectaculaire :

lx_web_17

copyright Pascal Baud / Mirabaud LX

Mirabaux LX a reçu une nouvelle coque, plus planante et permettant de décoller à plus basse vitesse que l’ancienne “tiers de M2″, mais à quoi bon s’encombrer de 45 kg de coque lorsqu’on vole ?

En renforçant le mat et en modifiant le système de palpeur pour éliminer le jeu, Thomas Jundt a achevé la mue complète de son ancien 18 pieds australien “AET” : il n’en reste plus une seule pièce d’origine!

Mirabaud LX est donc désormais un prototype à part entière, prêt pour les grandes courses lémaniques, (Genève-Rolle-Genève et Bol d’Or Mirabaud), mais il va bien sur défendre le week-end prochain son titre au Bol d’Or du Lac de Neuchâtel.

Mirabaud LX  va aussi participer à la “Weymouth speed week” en octobre et tentera certainement quelques records sur le Léman dès que la météo sera de la partie. Aucun doute, on en reparlera sur Foilers bientôt !

Voyez aussi:


les Mach2

12 mai 2009

Le champion de Moth Andrew McDougall s’est associé au chantier McConaghy pour créer un Moth à foils ultramoderne de 28kg seulement : le Mach 2. Le site consacré au papillon regorge d’infos intéressantes et de jolies photos.

Parmi les jolies photos, celle de Jean-Pierre Ziegert, heureux propriétaire d’un des premiers exemplaires, immortalisé en plein vol sur le Léman :

Jean-Pierre Ziegert en vol sur son nouveau Mach 2 - Moth International

Crédit photo : Loris Von Siebenthal – MyImage.ch© – Jean-Pierre Ziegert Flying

Sur le site suisse consacré au Mach2, on le voit aussi aux prises avec un des D35 disputant le Challenge Julius Bär

un peu juste pour passer devant quand même ...

voir aussi “Quand Simon Payne vole à… Mach 2″, Voile & Voliers 11 avril 2009 , avec une magnifique photo de Thierry Martinez, une des plus belles photo de foiler en vol, mais qu’on n’a pas le droit de copier …


L’Hydroptère.ch prend forme

15 avril 2009

Conférence de presse aujourd’hui à l’EPFL : l’équipe de l’Hydroptère et les partenaires scientifiques lancent officiellement le projet “Hydroptère.ch”. Cette fois ça y’est : un hydroptère lacustre de 35 pieds est en construction et naviguera sur le Léman début 2010.

Comme on le voit sur les vues 3D ci-dessous, “.ch” sera un catamaran à coques planantes à redans, muni de 2 foils en T plutôt qu’un à l’arrière. Comme on ne le voit pas, le bateau sera truffé d’instrumentation, et un système hydraulique permettra de régler l’incidence et l’inclinaison des foils pendant la navigation, et même de les relever pour naviguer grâce à ce bon vieux Archimède par trop petit temps. (Les mots “Bol d’Or” n’ont pas été prononcés, mais la classe “M1″ si, et l’ambition de battre quelques chronos du lac a aussi été mentionnée)

Alain Thébault, Jean-Mathieu Bourgeon et Adrien Lombard maintiennent le cap et affichent leurs ambitions : l’hydroptère.ch sera une “maquette” destinée à faire avancer les technologies pour préparer la réalisation d’un Hydroptère “maxi” (de 100 pieds ?) qui s’attaquera au tour du monde en 40 jours!

Nicolas Henchoz et le professeur Jan-Anders Manson de l’EPFL insistent sur le fait que l’EPFL ne collabore “que” sur le plan scientifique, dans des domaines de recherche habituels de l’université. C’est l’équipe de l’Hydroptère qui se charge du financement et de la réalisation des bateaux, avec des partenaires industriels. Mais la disponibilité d’un “bateau laboratoire” amarré quasiment sous les fenêtres de l’EPFL permettra de progresser encore plus rapidement, en réduisant drastiquement le cycle de développement. Selon le prof. Manson, il est important que ce cycle se compte au maximum en mois afin que les étudiants puissent travailler intensivement sur un projet depuis l’idée jusqu’à l’expérimentation. Voire, motivation suprême, effectuer eux-même des mesures en navigation.

Alain Thébault était visiblement très satisfait de la collaboration avec l’EPFL et a invité toute l’assistance à venir naviguer sur l’Hydroptère, .ch ou pas. Message reçu, et merci aussi pour les nombreux compliments reçus à propos de Foilers, ça fait toujours plaisir.

Documents:

  1. Dossier de Presse l’Hydroptere.ch.pdf, 12 pages avec les textes à copier-coller que vous trouverez sur tous les autres media ;-)
  2. le partenariat Hydroptère-EPFL.pdf, 4 pages sur la collaboration avec les laboratoires de l’EPFL impliqués dans le projet Hydroptère:
  3. les fous volants“, émission Impatience, Radio Suisse Romande, 22 avril 2009 (écouter [mp3])

Sur le même sujet:


Le Tétrafoiler : du nouveau dans les hydrofoils

3 avril 2009

Enfin la “suite” des articles “Les Véliplanes de C. Tisserand, ces méconnus ! 1/2 & 2/2″, voici 30 ans après le Véliplane IV et ses ailes rigides, la dernière création à foils de Claude Tisserand et de son frère Gérard.

Par Gérard et Claude Tisserand

A l’heure actuelle, les voiliers à hydrofoils n’ont pas encore donné toute leur mesure, et ce en dépit des réels progrès apportés par les travaux d’Alain Thébault (Hydroptère), Greg Kettermann (Longshot), Sam Bradfield (Rave) etc. En effet, un certain nombre de problèmes et de servitudes affectent les foilers actuels qui restent très peu nombreux car à la fois coûteux et peu pratiques à l’emploi).

Nous avons essayé de construire un bateau qui ait moins d’inconvénients et plus d’avantages :

  • si possible, qu’il ne soit pas trop onéreux et relativement simple à construire,
  • qu’il puisse replier ses foils et aller jusqu’à une plage,
  • qu’il ne soit pas nécessaire de le piloter, même transitoirement,
  • que ses performances soient égales ou supérieures à celles des autres foilers.

Et enfin, chose assez peu envisagée jusqu’à présent, qu’il soit capable, dans une version très agrandie, d’affronter des parcours transocéaniques, seule caractéristique qui peut le faire sortir du domaine de l’engin de records pour eaux protégées .

Pour cela notre démarche est la suivante :

1 -  A l’inverse des solutions tripodes (Véliplane, Hydroptère, Trifoiler etc.), bipodes (Moth), voire monopodes que l’on a pu voir ça et là (toutes solutions qui n’assurent pas, loin s’en faut, un maximum de stabilité), nous avons adopté une géométrie analogue à celle d’une automobile (par opposition au tricycle, bicycle, monocycle !), soit quatre foils aux quatre coins d’un catamaran, ce qui procure un polygone de sustentation maximal et évite les changements d’axe sous les poussées latérales.

2 -  Les hydrofoils sont entièrement immergés, ce qui assure un rendement optimal mais impose un système sophistiqué de contrôle de l’immersion. Ce contrôle est assuré par les foils avant, eux-mêmes asservis par un système de palpeurs verticaux qui sont insensibles aux irrégularités de la surface et sont auto-amortis car ils agissent en fonction du volume d’eau traversé.

3 -  Une fois les réglages faits, on ne s’en occupe plus mais “l’altitude de vol” peut être ajustée en fonction des conditions de mer, en agissant sur un petit “manche à balai”.

4 – Du fait de cette disposition, il y a peu ou pas de porte-à-faux et une largeur normale du catamaran, donc des efforts raisonnables permettant une bonne solidité pour un faible coût.

5 – Le système exclusif de contrôle gère aussi bien le niveau de navigation que la gîte et le foil au vent peut passer en incidence négative, ce qui améliore grandement la stabilité.

6 – Les implications de cette disposition sont doubles :

  • sur le coût : il suffit de se procurer un cata existant ou déclassé, et d’y rajouter les quatre foils ce qui revient beaucoup moins cher que de réaliser tout un bateau entièrement nouveau.
  • sur la sécurité : il n’y a pas à s’occuper de la gestion des foils, entièrement automatique. Si le temps le permet, on fonce sur les foils.  Si ce n’est plus possible, on neutralise les foils, et le cata redevient un cata ” normal ” (pour peu que l’on ait conservé une dérive suffisante). En cas d’avarie grave - foil arraché par exemple – le bateau reste toujours un cata (qu’il était au départ), et peut encore naviguer et rejoindre un port.
Tétrafoiler sur la plage V07 - photo via C Tisserand

Le Tétrafoiler sur la plage V2007 - photo C Tisserand

Tétrafoiler de face V2007 – photo C Tisserand

Le Tétrafoiler de face V2007 – photo C Tisserand

Tétrafoiler de côté V2007 – photo via C Tisserand

Le Tétrafoiler de côté V2007 – photo C Tisserand

Tétrafoiler de l’arrière V2007 – photos C Tisserand

Le Tétrafoiler de l’arrière V2007 – photo C Tisserand

L’engin réalisé en 2006 a les caractéristiques suivantes :

  • longueur : 4,7 m
  • largeur (hors foils) : 2,6 m
  • poids : 80 kg
  • voilure : 13,6 m2
  • décollage : à 10 nœuds avec 10 nœuds de vent

Après simplification système de relevage et de réglage d’altitude :

Tétrafoiler de côté V2008 – photos C Tisserand

Le Tétrafoiler de côté V2008 – photo C Tisserand


Hydroptère et recherche

28 mars 2009

Retrouvé cette petite vidéo réalisée par l’EPFL en 2008 sur les recherches liées à l’Hydroptère :

Les images en tunnel de cavitation sont spectaculaires, et rares. J’aime aussi bien le système de mesure du niveau de l’eau sur le foil (on pouvait vraiment pas faire plus simple ?)

A noter que l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne a d’autres partenariat de ce type avec Alinghi et Solar Impulse notamment


Les Moths papillonnent

26 mars 2009

C’est le printemps, l’occasion de rappeler qu’il existe des petits bateaux à foils commercialisés avec lesquels on peut se faire très plaisir : les Moths.

L’occasion aussi de féliciter Jean-Pierre Ziegert qui a remporté un “Trophée Syz & Co Leman Sailing Speed Records“ pour la meilleure performance 2008 sur un kilomètre  sur son Moth foiler “Sergueï” avec un run de 88 secondes réalisé le 15 septembre, soit une vitesse moyenne de 21.90 noeuds. Cette meilleure performance de l’année est également devenue le temps de référence à battre sur le Léman.

Jean-Pierre a également réalisé un autre joli coup en parcourant 16.03 milles sur le Léman en 1 heure sur son Moth, juste un peu moins que le Ventilo M2 “Star Logistique” qui doit couter dans les 20x plus cher…


Jeu “Foilers !” 2…

23 mars 2009

Rappel :

Pour vous faire patienter entre 2 articles, je vous propose un petit jeu qui sera reconduit si vous lecteurs/visiteurs m’encouragez à le faire ! Que gagne t’on ? Rien bien entendu ou si : le plaisir d’avoir trouvé ! Alors, les foilomaniaques, les hydrofoiloliques… des réponses ?

Après la très belle victoire de GG le Bordelais en 1 heure et 24 mn (GG 2 points), voici un nouveau challenge assez facile (une nouvelle fois).

Ci-dessous une photo d’une partie d’un engin. De quel engin s’agit il ? Quel est son architecte ?

?

?


Crash le vendredi 13

18 mars 2009

Après son record en classe B en décembre suivi d’une envolée spectaculaire, Vestas Sailrocket a été réparé et amélioré en vue d’une nouvelle campagne de records. Mais vendredi 13, Paul Larsen s’est retrouvé à l’hopital après un crash en plein run, à 47 noeuds. Le prao est plus fortement endommagé que son pilote, qui ne souffre heureusement que de coupures et contusions.

Si j’ai bien compris son récit, c’est la rupture d’une pièce qui a entrainé une dislocation catastrophique de la structure. En attendant un film de l’événement, voici une photo de ce qu’on souhaite à cette équipe décidément très dynamique : que Sailrocket file à nouveau très vite très vite.


Les Véliplanes de C. Tisserand, ces méconnus ! 2/2

15 mars 2009

Enfin la suite de l’extrait du recueil “Des Hydrofoils à la portée de tous” par Claude Tisserand.

Cette partie est consacrée aux Véliplanes III & IV. Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de lire le premier volet (Véliplanes I et II), je vous conseil de le découvrir pour une meilleure compréhension de cet article (et par ce que cela vaut le coup !!!).

1 – LE VELIPLANE III

Afin de perdre le minimum de temps (et d’argent !), je décidai en 1972 de conserver la coque et les ailes marines du Véliplane II, mais en y ajoutant une grande poutre transversale en contreplaqué qui portait la largeur de l’ensemble à 4,50m. Les ailes marines étaient fixées en bout de cette poutre et leur dièdre était porté à 40°. Le repliage des ailes se faisait jusqu’à l’horizontale, ce qui permettait l’échouage sans difficulté. Ce repliage est assuré par le coulissement vers l’intérieur de l’extrémité supérieure de la contre-fiche verticale servant de 3ème point d’appui à l’aile (les 2 autres points d’appui étant des ferrures fixées en bout de poutre). Ce mécanisme est actionné par 2 câbles qui permettent la montée et la descente des ailes.

Véliplane III foils repliés – photo via C Tisserand

Véliplane III foils repliés – photo via C Tisserand

L’empennage fut, selon les idées de P. Hansford, constitué par une simple petite aile placée en bout de safran (T inversé), ce qui le plaçait dans de très bonnes conditions hydrodynamiques (pas de “ventilation” possible), mais rendait très difficile son repliage. Dans la pratique, il était nécessaire, pour approcher de la plage, d’enlever cet ensemble en T et de le remplacer par le safran repliable du “470″. Exercice hautement périlleux en mer ! C’est donc sous cette forme que le Véliplane III fit ses premiers essais en 1973. Les premiers décollages réussis tardèrent un peu par suite de diverses ruptures qui se produisirent au niveau des fixations d’ailes. Cependant, dès la fin de l’été 1973, le bateau décollait très facilement par brise de force 3 (soit 15 nœuds de vent environ). La vitesse de décollage était de l’ordre de 10 à 12 nœuds et des pointes de 15 à 16 nœuds (soit une vitesse relative de l’ordre de 1) étaient observées sur le speedomètre du bord, quand il voulait bien marcher !).

Véliplane III version 1973 – photo via C Tisserand

Véliplane III version 1973 – photo via C Tisserand

Par la suite, l’évolution du Véliplane III a été la suivante :

1974

  • Carénage de la poutre en forme d’aile d’avion afin de réduire sa traînée et de profiter de    sa  portance aérodynamique (4 ou 5 kg environ à 16 nœuds).
  • Adjonction de cloisons à l’extrémité inférieure des ailes, destinées à réduire les pertes marginales, (on dirait maintenant des winglets !)
  • Remplacement de la voilure initiale du “470″ par une voilure plus importante (13,5 m²) et entièrement lattée (voilure type catamaran).
Véliplane III version 1974 – photo via C Tisserand

Véliplane III version 1974 – photo via C Tisserand

1975

Malgré la présence de cloisons d’extrados (on dit maintenant “fences “) sur les ailes marines, ainsi que d’un bord d’attaque tranchant, les phénomènes de ventilation persistent, au delà de 15 nœuds  par mer agitée. C’est pourquoi je fus amené à concevoir et à réaliser dans le courant de l’année 1975 les ailes marines “en escalier”.

Foil Véliplane III version 1975 – photo via C Tisserand

Foil Véliplane III version 1975 – photo via C Tisserand

Le plan supérieur, d’une surface de 25 dm² environ, est pourvu d’un profil semi-lenticulaire à bord d’attaque tranchant. Il comporte en outre 2 cloisons d’extrados. Le plan inférieur, d’une surface de 5,5 dm2 environ, est pourvu d’un profil type “aviation” (CLARK Y ramené à 10 % d’épaisseur). Ces deux plans, rigoureusement parallèles, sont calés à une incidence de 3°. La surface totale des ailes avant est donc de 61 dm². L’empennage en T inversé fut remplacé par un ensemble comportant 2 plans superposés.

Safran Véliplane III version 1975 – photo via C Tisserand

Safran Véliplane III version 1975 – photo via C Tisserand

Le plan supérieur (6 dm²) est porté par un aileron vertical fixé directement sur la coque. Son profil est aussi un CLARK Y 10 %, calé à une incidence de + 3°. Le plan inférieur (7 dm²) est fixé en bout de safran : il comprend 1 plan fixe calé à 0° et un volet de profondeur, commandé par câble Bowden. Il comporte en outre 2 cloisons marginales qui servent en même temps de safran à grande vitesse. Le safran est articulé sur la partie fixe, par l’intermédiaire d’un axe vertical qui permet en outre son relevage partiel et une réduction de moitié du tirant d’eau. Tout cet ensemble fut testé durant l’été 1975 et donna toute satisfaction, en particulier par mer agitée. Les phénomènes de ventilation sont pratiquement inexistants, quelque soit l’état de surface de la mer. Il fut possible, par mer calme et vent de force 4, d’enregistrer au speedomètre de bord des vitesses de 22 à 23 nœuds. Par mer agitée (creux de 50 à 80 cm), il a été possible d’effectuer des parcours à plus de 15 nœuds. La sensation est alors fantastique car l’engin bondit littéralement de crête en crête, en pulvérisant des masses d’écume. Il arrive même, dans les creux entre deux vagues, de quitter pratiquement tout contact avec l’eau ! Malgré tout, il ne se produit jamais les chocs brutaux que l’on peut observer avec une coque planante à moteur; la reprise de contact avec l’élément liquide se fait toujours avec une relative douceur. Bien entendu, la structure, quant à elle, est soumise à rude épreuve et les casses sont nombreuses. C’est à ce moment-là que le pilotage de l’engin à l’aide du volet de profondeur arrière prend tout son intérêt car il permet de modifier constamment l’assiette du bateau, par exemple en le cabrant au passage d’une vague plus grosse qu’une autre. C’est ainsi équipé que je pus me classer 7ème (sur 20 engagés) au championnat du monde de Vitesse 1975 à Weymouth avec 3 parcours chronométrés à 15,9 nœuds (tous les 3, ce qui me paraît bizarre !).

Veliplane III à Weymouth 1975 – photo Alastair Black

Veliplane III à Weymouth 1975 – photo Alastair Black

Cette performance, inférieure de 3,5 nœuds à celle de Mayfly, pourtant moins “évolué” sur certains points, démontrait amplement le défaut n°1 du Véliplane III : son poids excessif (156 kg au total sans barreur, contre seulement 100 kg pour Mayfly). Cet excès de poids est d’ailleurs confirmé par une vitesse de décollage de l’ordre de 12 nœuds, contre 10 nœuds pour Mayfly. Ce poids excessif revenait essentiellement à la vieille coque de 470, qui pesait à elle seule plus de 100 kg, malgré la suppression de tous ses artifices inutiles y compris le puits de dérive ! C’est pourquoi, en Janvier 1976 commençait la construction du Véliplane IV.

2 – LE VELIPLANE IV

C’est l’héritier direct du Véliplane III, puisqu’il récupère l’ensemble des hydrofoils et du gréement de celui-ci, ainsi que l’essentiel de ses réglages (centrage – incidences, etc..).

Véliplane IV sur ses foils – photo via C Tisserand

Véliplane IV sur ses foils – photo via C Tisserand

Par contre, toute la partie “flotteur” est entièrement refaite, en revenant à la formule “Trimaran” du Véliplane l :

  • la coque centrale, réalisée en fibre de verre, a 4,80 m de long, 0,70 m de large. Elle pèse seulement 39 kg. Ceci porte la longueur H.T. du bateau à 5,20 m.
  • la poutre est constituée de 2 tubes côte à côte en duraI AU4G (quelle erreur : ce dural aviation s’est corrodé en quelques mois !), d’une longueur de 5 m. Elle porte au bout 2 petits flotteurs de 1,70 m de long.
  • du fait de l’étroitesse de la coque, un châssis de rappel, fait de tubes de dural, permet au barreur de se mettre confortablement au rappel. Il soutient en même temps le grand rail d’écoute.

Tout cet ensemble, voilure comprise, ne pèse que 96 kg, soit 50 kg de moins que le Véliplane III (réalisé en 7 mois de loisirs). La coque a été réalisée dans un moule en isorel, à bouchains très arrondis.

Afin d’économiser un peu de poids, le gel-coat a été supprimé (encore une erreur !), ce qui donne à la coque une transparence inhabituelle (transparence qui permet au barreur de juger, par l’intérieur, du niveau d’immersion de la coque). Cet engin, expérimenté en été 1976, paraît remarquablement performant. Son décollage est obtenu à 10 nœuds, avec un vent nettement plus faible que celui nécessaire au Véliplane III. Des pointes de vitesse de 21 nœuds ont été mesurées, avec vent de 15 nœuds. Par ailleurs, la maniabilité, la stabilité sont encore améliorées par rapport au modèle précédent. Les flotteurs constituent une marge de flottabilité très suffisante pour toutes les évolutions à basse vitesse. En fait, c’était un très bon bateau, trop vite abandonné…

Véliplane IV à 20 nœuds dans le golfe de St Florent – photo via C Tisserand
Véliplane IV à 20 nœuds dans le golfe de St Florent – photo via C Tisserand

3 – Le Véliplane IV à voiles rigides

Ayant à peu prés réglé tous les problèmes inhérents à la coque et aux hydrofoils (au point que je considère encore de nos jours cet engin comme parfaitement viable, voire même plus perfectionné que bien des engins modernes à foils perçant la surface…que je ne nommerai pas ! Mais bien sûr, il me fallait bien trouver à m’occuper les mains et l’esprit… ce fut fait avec la conception, la réalisation et les essais d’une voilure rigide, solution idéale sur le plan théorique car seule vraiment compatible avec les grandes vitesses. Sur le plan de la conception, il fallait trouver une solution permettant d’inverser la courbure de la voile, afin de naviguer normalement sur les deux bords. Pour cela, la voile comprend deux parties : une partie avant (environ 2/3) qui assure la rigidité (la voile est évidemment cantilever, sans haubans, articulée sur un gros tube dural, en fait les chutes de la poutre transversale !) ; et une partie arrière, ou “volet de courbure” (environ 1/3), articulée sur la précédente. L’ensemble, qui pivote librement sur son axe, est commandé par une “écoute” fixée au volet arrière et qui provoque automatiquement son basculement sur un bord ou sur l’autre….ça paraît tout simple, mais ce ne fut pas facile à mettre au point, malgré des essais en soufflerie préalables !

Véliplane IV avec voile rigide 1976 – photo via C Tisserand
Véliplane IV avec voile rigide 1976 – photo via C Tisserand

Bien entendu, il était hors de question de réaliser une voilure d’une seule pièce de 14 m². Bien que certains l’aient fait, mais ils n’avaient pas les mêmes contraintes d’utilisation que moi ! Il fallait donc diviser cette surface par 3 et réaliser trois voiles identiques disposées cote à cote, figurant comme une sorte de triplan, ce qui n’est possible que grâce à la largeur de l’engin. La réalisation d’un tel système n’a rien d’évident, surtout compte tenu des contraintes de poids (35 kg au total), donc à peu prés 10 kg par aile + 5 kg de tubes supports). …la mise au point fut encore pire ! Les premiers problèmes furent l’instabilité aérodynamique qui nécessita un déplacement du point d’articulation (une paille, quand on sait que tous les efforts passent par là !). Puis vinrent les problèmes de torsion de la poutre qui, soumise à la poussée des voiles externes se vrillait généreusement…en faisant plonger les foils ! Il me fallut donc renforcer considérablement cette poutre et même pour finir la haubaner !

Véliplane IV sous voilure rigide – photo via C Tisserand
Véliplane IV sous voilure rigide – photo via C Tisserand

Enfin et surtout il y eut les problèmes d’utilisation car mettre en place et enlever, à chaque sortie, ces trois énormes panneaux, même légers, surtout avec du vent…c’est un véritable cauchemar…que je ne souhaite à personne…on atteint là les limites des possibilités humaines ! C’est ainsi que sonna le glas de cette longue période d’expérimentations, parfois si exaltante, souvent si décevante !

Dans quelques jours  :

Le Tétrafoiler : du nouveau dans les hydrofoils.

La suite, 30 ans après, par Gérard et Claude Tisserand ! Sur “Foilers !” et nul part ailleurs..