Morceau choisi d’Alinghi 5

21 février 2010

En me promenant cette après-midi dans ma bonne ville de Genève, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir ça :

Oui, il s’agit bien d’un des mystérieux dérives/foils courbes qu’on a vu au dévoilement d’Alinghi 5. La pièce est marquée "entrée libre" car elle est placée à l’entrée de l’exposition "D’Altaïr à Alinghi – La saga des multicoques du Léman" à voir à l’espace SIG du Pont de la Machine jusqu’au 25 mars.

Voici ce qu’on peut lire sur la plaque à côté de la chose:

Dérive d’Alinghi 5. D’une longueur de huit mètres pour un poids d’une demi-tonne, la dérive en "S" d’Alinghi 5 propose une géométrie variable en fonction des conditions météorologiques. Entièrement immergée par vent faible, elle offre ainsi un plan antidérive maximal. Puis, lorsque la brise – et la vitesse – augmentent, la dérive est partiellement relevée et la poussée devient plus verticale, ce qui permet de soulager les coques et d’augmenter  la vitesse. La dérive a donc la forme d’un "S" par vent faible, et d’un "C" lorsque la vitesse augmente. Une grande partie du poids du voilier – environ 15 tonnes – repose sur cet appendice construit en fibre de carbone."

Info "grand public" donc, mais on aurait bien aimé savoir pourquoi Alinghi ne l’a pas utilisée en course… Ceci doit cependant intéresser quelqu’un car un morceau du bord d’attaque a carrément été scié de façon assez barbare d’ailleurs, ce qui ma permis de photographier ses tripes de carbone (désolé, c’était avec mon téléphone portable…) :

J’ai pris encore deux photos : celle ci, et celle là. Comme ça il restera quelque chose de ces pièces impressionnantes  qui n’auront servi que quelques heures…


33ème couse de l’America, "Réflexions" par Daniel Charles

13 février 2010

Hier, était un jour un peu spécial dans le monde de la voile. Mon ami* Daniel Charles**, m’a transmis sa vision de ce premier jour de course. Je ne résiste pas à vous la transmettre. Elle est en anglais, sûrement réalisée pour un interlocuteur situé bien loin de notre hexagone. Certains, comme moi, sont assez peu doués dans le maniement de la langue de Shakespeare. J’ai essayé de traduire ce petit texte en français, en essayant de rester proche des idées de Daniel (enfin, dans la limite de mes capacités !).

Commentaires sur cette très intéressante vision, bienvenus…

Daniel Charles, Golden Oldies Trophy 2009, Prao D Kergomard - photo F. Monsonnec 06-2009

"Réflexions" par Daniel Charles

The end of the America’s Cup and of yacht design as we know

To-day’s first race in the 33rd America’s Cup was a milestone in many ways.

First of all, there were some incredible records established. When I was a kid, the record of VMG to windward was some 10.8 kts (if my memory’s correct) established in 1937 by the (super) J-Class Ranger –and this was deemed an unbeatable maximum! Today, USA did 15 knots, which is unheard of (C-Class cats do between 12 and 13).  Then there is this upwind/downwind 40 mille course thrashed in some 2h 30min, at an average of 16kts as the bird fly, and probably 22 kts on the bottom: it doesn’t look much compared to some 24h oceanic runs downwind, but this was done in a 7-kts whisper of a breeze. In other words the boats were constantly sailing at three times the speed of the wind -hard to believe even when you see it.

Beyond these amazing feats, today’s race is a turning point in America’s Cup and in yachting history. The Cup was designed as a design competition, a test of design skills, as it had been during this legendary race of August 22, 1851. Well, such races are condemned now. Spectators may remember that today a trimaran vanquished a catamaran, but this is wrong: hulls and yacht architecture had nothing to do here. What happened today is that a rigid foil triumphed over a soft rig. In the future, the platform design –the very root of the America’s Cup!- will become secondary, a side issue compared to the problems of designing the “engine” (the rig) and the “tires” (the foils). The hull designer, once the star of the show, will be reduced to the rôle of subcontractor (as is already the case in superyacht design). Sic transit…

"Traduction !"

La fin de la coupe de l’America et de la conception des bateaux telles que nous les concevons.

Ce premier jour de course de la 33ème coupe de l’America était une étape importante pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, il y a eu plusieurs incroyables records d’établis. Quand j’étais enfant, le record de VMG au vent était d’environ 10.8 noeuds (si ma mémoire est bonne). Record établi en 1937 par le (super) Class-J Ranger. Et ce record semblait, à l’époque, imbattable ! Aujourd’hui, BMW Oracle a réalisé un VMG de 15 nœuds. Quinze noeuds qui sont tout simplement inouïs (les catamarans Class C de la Petite coupe de l’América, sont capables de VMG entre 12 et 13 noeuds). Mais, il y eu cette course de 40 milles (avec montée et descente au vent), gagnée en 2 heures et 30 minutes, à une moyenne de 16 nœuds à vol d’oiseau et probablement 22 nœuds sur le fond. Cela ne semble pas beaucoup, comparé aux vitesses atteintes par les engins de course au large. Mais ce record a été battu par une brise de 7 noeuds. Autrement dit, les bateaux naviguaient constamment à trois fois la vitesse du vent. Difficile à croire même quand vous le voyez.

Au-delà de ces exploits étonnants, la course d’aujourd’hui est un tournant dans la coupe de l’America et dans l’histoire du yachting. La coupe a été conçue comme une compétition architecturale. Un test de compétences, d’outils de conception, comme elle l’avait été pendant cette course légendaire du 22 août 1851.

De telles courses sont condamnées maintenant… Les spectateurs peuvent se rappeler qu’aujourd’hui un trimaran a vaincu un catamaran, mais c’est faux : les coques et l’architecture navale ni étaient pour rien ! Ce qui est arrivé aujourd’hui (12-02-10, note du traducteur ! ), c’est qu’une aile rigide a triomphé d’un gréement souple. A l’avenir, la conception de plate-forme – la « racine » même de la coupe de l’America ! – deviendra secondaire. Une question secondaire comparée aux problèmes liés au dessin du "moteur" (le gréement)) et "des pneus" (les foils). Le designer de coque, auparavant la star du spectacle, sera réduit au rôle de sous-traitant (comme c’est déjà le cas pour le dessin de super yacht)….

* Une nouvelle fois, remarquez le "Mon ami", j’essaye de briller autrement que par mon talent : à la lumière de celui des autres (joke) !
** Daniel Charles : journaliste, écrivain, historien, analyste… que j’ai déjà eu l’occasion de citer dans l’article Foilers-hydrofoils


La Coupe de l’America bientôt sur foils ?

11 octobre 2009

"Combat de coques" est un très bon article paru dans Le Temps. Il présente le conflit entre Alinghi et Oracle comme un affrontement entre deux visions très différentes de ce que devrait devenir la Coupe de l’America.

La situation est paradoxale : c’est Oracle qui a défié Alinghi sur des multicoques géants, mais Russel Coutts défend la Coupe en monocoques:

"Ces bateaux ne sont pas faits pour du match racing. Ils sont plus adaptés à de la régate en flotte parce qu’ils virent moins bien. Pour du match racing – et la Coupe de l’America, c’est ça – il faut un voilier plus combatif et plus manœuvrable"

Resté chez Alinghi, son (ex?)  pote Brad Butterworth a une position inverse:

"Nous avons milité pour une épreuve à plusieurs et à coûts réduits, et l’on se retrouve à se quereller à deux… Si nous gagnons, je pense que nous continuerons en multicoque. Je me battrai pour ça."

Et Ernesto Bertarelli fait plus que le soutenir :

"On est heureux. Je m’éclate à barrer Alinghi 5 et toute l’équipe prend un pied fou avec ce nouveau bébé. Quoi qu’il arrive en février prochain, je ne regrette pas d’avoir construit ce bateau. C’est une aventure extraordinaire et on est contents de la vivre. Il y a une énergie positive qui vient, je pense, du fait qu’on est dans le juste. La voile de demain, c’est la vitesse. On veut voler. On le voit avec l’Hydroptère. Alors pourquoi revenir en arrière?"

en fait, Alinghi 5 a déjà volé !

en fait, Alinghi 5 a déjà volé !


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