Paul Ricard, après le livre, le docu…

18 décembre 2013

Dans le cadre de ma collaboration avec Eric Bourhis (livre « Le trimaran Paul Ricard, un défi »), je lui apporte aussi mon soutien dans la réalisation d’un documentaire.

Ce film sera réalisé en grande partie sur la base des rushes d’Eric pris sur Paul Ricard. Mais certaines périodes sont manquantes. Eric est donc intéressé par des images retraçant l’ensemble de la vie du bateau, de la construction à la fin du projet en 1984. Si vous disposez d’images, n’hésitez pas à laisser un message ci-dessous…

Paul Ricard version 1980, record de l’atlantique- F Monsonnec 02-2013

Paul Ricard version 1980, record de l’atlantique- F Monsonnec 02-2013

Pour ceux qui ne connaitraient pas Paul Ricard, le voici en vidéo lors de son arrivée victorieuse au Cap Lizard en 1980 (record de l’atlantique détenu depuis 75 ans par Atlantic et son skipper Charlie Barr).

INA

D’avance merci !


Le trimaran Paul Ricard, un défi

18 octobre 2013

Eric Bourhis – Vincent Péron

Trimaran Paul Ricard, un défi

Trimaran Paul Ricard, un défi – photo William Borel

Le voilà, il arrive, il faisait défaut ! Il y a bien un livre dédié au record de l’atlantique (L’Atlantique en 10 jours – Histoire d’un record) mais il n’y avait pas d’ouvrage consacré à la vie du foiler Paul Ricard.

Pour les plus jeunes, même si je ne pense pas que les lecteurs de Foilers ne connaissent pas ce bateau, Paul Ricard est le premier bateau d’Eric Tabarly à ne pas s’être appelé Pen Duick. Même si entre les premières plans et l’arrivée du sponsor, le projet portait le nom de Pen Duick VII.

Lorsqu’au milieu des années soixante-dix Éric Tabarly réfléchit à une nouvelle machine à gagner, il estime qu’il existe une autre voie que celle du gigantisme : le foiler. De nombreux voiliers équipés d’hydrofoils ont alors déjà navigué (voir On a marché sur la mer). Mais même si Éric Tabarly n’est pas le premier à imaginer utiliser des hydrofoils sur un voilier, sa rencontre avec Alain de Bergh a permis d’amorcer une importante démarche scientifique et de faire naître une lignée d’engins ailés : le prototype de Tornado à foils (voir en bas de page), Paul Ricard, Côte d’Or II et même l’Hydroptère. Sans ce projet fondateur, le développement des foilers hauturiers n’aurait pas été si rapide.

Mis à l’eau en 1979, juste à temps pour courir la Transat en double qu’il termina second après une lutte d’anthologie avec VSD, Paul Ricard est un bateau laboratoire où de nombreuses innovations ont été testées (usinage chimique et intégral, mat aile, spi à tuyère, hydrofoils…). C’est aussi le premier voilier à battre le record de l’Atlantique, de resté invaincu 75 ans et jusqu’à lors détenu par Atlantic de Charlie Barr.

Paul Ricard versions 79 à 84 – F Monsonnec 06-2013

Paul Ricard versions 79 à 84 – F Monsonnec 06-2013

Éric Bourhis est depuis son plus jeune âge, passionné par la mer au-dessus comme au-dessous de la surface. Il a été plaisancier, coureur au large, moniteur de plongée, préparateur de voiliers, patron de pêche et coureur de course offshore. Il a couru aux cotés d’Eric Tabarly pendant plus de 10 ans sur Pen Duick VI et sur Paul Ricard. Il faisait partie de l’équipage du record de l’Atlantique en 1980 avec Eric Tabarly, George Calvé et Dominique Pipat et a aussi couru La Baule Dakar en temps que skipper du foiler.

Passionné par ce bateau, qu’il cherche à faire reconstruire depuis 2005 (il a créé pour cela l’association Atlantic Express), Eric Bourhis a souhaité mettre l’accent sur l’histoire de ce trimaran et des hommes qui ont présidés à sa carrière en réalisant un livre de témoignages. Vous découvrirez avec plaisir les péripéties de l’aventure Paul Ricard, Eric Tabarly apparait sous un nouveau jour, au cœur de l’action. Vous retrouverez les souvenirs, et les très nombreuses anecdotes, de René-Julien Baudinet, Alain de Bergh, Gérard Fusil, Alain Juillet, Jean-Pierre Maréchal, Philippe Monnet, Marc Pajot, Patrick Tabarly et bien sur d’Eric Bourhis. Le trimaran Paul Ricard, un défi, contient de nombreuses photos en noir et blanc, dont beaucoup inédites, un cahier couleur et de nombreux dessins et cartes.

Jean Pierre Maréchal, Eric Bourhis, Marc Pajot Grand Pavois – F Monsonnec 09-2013

Jean Pierre Maréchal, Eric Bourhis, Marc Pajot au Grand Pavois – F Monsonnec 09-2013

Une première version a été présentée au Grand Pavois à La Rochelle en série limitée, dans une très belle couverture en dacron dont le tissu n’est autre que celui de la grand voile Gateff de 1983. Voile conservée au chantier ACX jusqu’à sa fermeture, retrouvée par Noël Cloarec qui la ensuite offerte à Eric Bourhis pour l’association Atlantic Express.

Ce livre accessible à tous, pas seulement aux « voileux » ou aux amoureux des multicoques, sera disponible en librairie (et sur Internet) à partir du 18 octobre.

Bonne lecture…

Le trimaran Paul Ricard un défi, couverture dacron

Le trimaran Paul Ricard un défi, couverture dacron

Trimaran Paul Ricard, un défi

ISBN : 978-2-84265-756-7  –   EAN ebook : 9782842657888

La Découvrance

17000 La Rochelle

ladecouvrance-izibookstore.com

Articles de Foilers en connexion avec Paul Ricard

Le prototype d’hydrofoil réalisé pour Eric Tabarly lorsque le projet n’était pas de réaliser un foiler mais un hydrofoil :

L’origine de l’idée d’utiliser des hydrofoils par Eric Tabarly ?

A noter que deux auteurs de Foilers ont participé à la réalisation de ce livre !


Pen Duick IV versus Williwaw…

18 avril 2013

Fin 2009, au salon Nautique, j’ai l’occasion d’évoquer avec des amis de l’association Golden Oldies Multihulls – Daniel Charles et Christian Février – ce qui a pu faire naitre chez Eric Tabarly l’idée d’utiliser des hydrofoils. Pour ma part, je pense que la rencontre Williwaw (de David Keiper) / Pen Duick IV (d’André Allègre & Eric Tabarly), fait partie des pistes plausibles.

Flash back

En France, pour beaucoup de passionnés de voile, Eric Tabarly a inventé l’hydrofoil. Pourtant, lorsqu’à la fin de l’année 1971, Eric Tabarly commence à envisager l’utilisation de plans porteurs (1), de nombreux voiliers équipés d’hydrofoils ont déjà navigués (Catafoil en 1941 par exemple). Ce sont pour la plupart, de petits engins de vitesses dont le but est de décoller entièrement, ou des bateaux qui utilisent un plan porteur pour se passer de flotteurs. Ces essais ont surtout lieu en Angleterre et aux Etats-Unis, mais en France aussi, deux pionniers travaillent à la mise au point de petits bateaux. Roland Tiercelin réalise « L’escabeau » volant (en1962), puis toute une série d’engins dont un sera utilisé dans le film « Le petit baigneur » (c’est d’ailleurs R. Tiercelin qui double Louis de Funès pour les images de navigations !). Claude Tisserand, teste-lui ses Véliplanes (en 1964).

Le premier à avoir monté des hydrofoils sur un engin capable de naviguer en haute mer semble être l’américain David Keiper. En 1967, il parcourt le pacifique à bord de Williwaw, trimaran de croisière muni de foils en échelle. L’utilisation des foils reste toutefois à transposer sur un bateau de course. En 1970, David Chinery essaye de « passer à la vitesse supérieure » avec Mantis IV. Mais l’engin, engagé dans la Round Britain Race, est mal conçu et casse. En Australie, Josef T. Dusek réalise Dalibor, un drôle de trimaran qui, comme Mantis IV, n’a pas vraiment de flotteur mais des foils épais qui servent de flottabilité. Il est aussi surmonté d’un très étrange gréement…(2). Mais son cahier des charges n’inclus pas la course au large. Eric Tabarly semble donc un des premiers à transposer les foils sur une bête de course hauturière. Lorsqu’en hiver 1974 (3), Eric Tabarly réfléchit à une nouvelle machine à gagner qui deviendra Paul Ricard, c’est avant tout pour courir la Transat en solitaire de 1976. Il estime alors que les multicoques sont arrivées à leur maturité et que pour battre ceux, qui comme l’anglais Chay Blyth, se font construire de très grands trimarans, il existe une autre voie que celle du gigantisme : le foiler. Mais lorsque Paul Ricard est mis à l’eau en 1979, il n’est pas le seul bateau équipé de foils. C’est même trois foilers qui touchent l’eau en France, en plus de Paul Ricard, il y a Trimama (de Roland Tiercelin) et Hydrofolie que j’ai déjà présenté sur « Foilers ! ».

Les hydrofoils dans la presse

Dès 1955 le magazine Life montre Monitor en vol (en haut à droite, à gauche, c’est le président américain Eisenhower). Monitor qui bien qu’Américain est présenté de l’autre coté du rideau de fer, dans une revue Russe, en 1967 !

Monitor dans Life 03 octobre 1955

Monitor dans Life 03 octobre 1955

Monitor dans Katera i yahty 1967

Monitor dans Katera i yahty 1967

 Et en France, en 1955, dans son livre « Le Catamaran ce méconnu », un certain monsieur Bruneau propose d’utiliser des plans porteur pour soulager les flotteurs des trimarans ! Les revues nautiques françaises ne sont pas en reste, elles parlent depuis longtemps d’engins à foils. Par exemple « Nautisme » qui en 1966 présentait les Véliplanes de C. Tisserand.

Catamaran, ce méconnu », P R  Bruneau 1955

Catamaran, ce méconnu », P R Bruneau 1955

Véliplanes de Claude Tisserand Nautisme 1966

Véliplanes de Claude Tisserand Nautisme 1966

Bien entendu, en Angleterre, les informations circulent aussi. Elles sont même plus pointues grâce aux parutions de l’AYRS (Amateur Yacht Research Society).

Alors ?

Eric Tabarly se tient au courant des nouveautés et lit beaucoup de livres sur la voile. Cet innovateur, féru d’histoire des voiliers et de technologies ne peut qu’être au courant depuis longtemps de l’existence de ces appendices.

Pourtant, pour moi, ce qui a décidé, ou tout au moins fait réfléchir Eric Tabarly quant à l’utilisation d’hydrofoils, cette rencontre Williwaw / Pen Duick IV qui a eu lieu dans la baie de San Francisco en 1969. Pen Duick IV avait appareillé Fort de France en 1968 et rejoint San Francisco où devait être déchargé Pen Duick V (précurseur des 60 pieds) avec lequel il allait s’engager et gagner San Francisco – Tokyo. C’est au retour de cette course, qu’il a remporté avec 10 jours d’avance, qu’il prend part en juillet 1969 à la course Los Angeles – Honolulu. Non classé, et partant une heure après tous les concurrents, ils arrivent 1er, battant de 24 heures le record de la course… Cette rencontre Williwaw / Pen Duick IV a eu lieue deux ans avant qu’Eric Tabarly n’imagine utiliser des hydrofoils. Cette navigation, bord à bord, a sans nul doute participé à sa réflexion….

Pourquoi ces interrogations ?

Lorsque j’ai participé au remontage du prototype réalisé en 1976 par l’IUT de La Rochelle (bateau réalisé à la demande d’Eric Tabarly pour valider la faisabilité d’un hydrofoil), j’ai souhaité remonté un cran en arrière et essayer de mieux comprendre l’origine de cette idée. Histoire d’éviter les raccourcis que l’ont peut trouver sur Internet (et pas seulement), sur les origines de l’utilisation des hydrofoils sur un voilier…

Remontage du prototype testé par Eric Tabarly en 1976 – photo F Monsonnec 03-2009

Remontage du prototype testé par Eric Tabarly en 1976 – photo F Monsonnec 03-2009

L’idée d’Eric Tabarly

L’idée de départ d’Eric Tabarly, n’était pas de réaliser un hydrofoil (bateau décollant complètement au dessus des flots) mais d’améliorer la stabilité et la dérive par la mise en place de foils rétractables. C’est au cours des études réalisées par Alain de Bergh, Claude Picard, André Sournat et Pierre Perrier que l’idée de faire entièrement décoller un voilier de course au large, va naitre. Comme l’explique Eric Tabarly, c’est Pierre Perrier qui envisage cette solution : « … ils commencèrent leur étude, suivant l’idée que je leur avais donnée, mais, moins timides que moi, ils arrivèrent très vite à faire décoller le bateau. Pour eux, c’était vraiment la solution d’avenir…. » (4)

La rencontre, les forces en présence

 Williwaw

Williwaw - photo livre Hydrofoil voyager

Williwaw – photo livre Hydrofoil voyager


Williwaw à Auckland NZ -  photo Gary Baigent

Williwaw à Auckland NZ – photo Gary Baigent

 

En vidéo

 

 

Williwaw en chiffres

  • Longueur hors tout : 10 m 50
  • Longueur à la flottaison : 9 m 50
  • Déplacement : 2100 lb soit 950 kg à la mise à l’eau ~
  • Largeur : 4.60 m sans foils
  • Surface de voilure au près : 380 ft² soit 35.5m² ~
  • Année de construction : 1966-67
  • Matériau : contre plaqué, foils en aluminium
  • Architecte : David Keiper
  • Construction : David Keiper

 

Pen Duick IV

 

Pen Duick IV lors des essais de 1968, avec mats ailes – photo DR

Pen Duick IV lors des essais de 1968, avec mats ailes – photo DR

 

 

Pen Duick IV dans le pacifique – photo Olivier de Kersauson

Pen Duick IV dans le pacifique – photo Olivier de Kersauson

 

 Pen Duick IV en vidéo

Reportage consacré à Alain Colas à La Trinité sur Mer le départ avant la transat de 1972.

 

Pen Duick IV en chiffres

 

  • Longueur hors tout : 20 m 80
  • Longueur à la flottaison : 19 m 50
  • Déplacement : 6 tonnes lors de sa mise à l’eau
  • Largeur : 10 m 70
  • Surface de voilure au près : 107 m2
  • Année de construction : 1968
  • Matériau : aluminium Duralinox AG4MC
  • Architecte : André Allègre et Dominique Paulet
  • Construction : Chantiers La Perrière Lorient
Pen Duick IV vs Williwaw F Monsonnec 12-2012

Pen Duick IV vs Williwaw F Monsonnec 12-2012

Retour au salon nautique 2009

Pendant cette discussion avec Daniel Charles et Christian Février, j’ai fait remarquer à mes compagnons, qu’il était intéressant de comparer l’avis d’Eric Tabarly et de David Keiper sur cette rencontre. J’ai en effet retrouvé des écrits d’Eric Tabarly et de David Keiper sur ce face à face !

Eric Tabarly (5)

« …Avec une bonne brise et sur les eaux plates de la baie, Pen Duick IV allait très vite, sans doute pas loin de 20 nœuds, Nous avons laissé Williwaw sur place… »

David Keiper (6)

“…At one point when the wind piked to force, we managed to hold even with PDIV, doing about 16 knots…”

La notion de vitesse atteinte n’est pas la même. Pour David Keiper, les 2 bateaux se « tenaient », pour Eric Tabarly, Pen Duick IV a laissé Williwaw sur place… C’est vrai que les bateaux et équipages n’étaient pas comparables : longueur, nombre d’équipiers et expérience des équipiers. En effet, ils étaient 8 à bord de Williwaw ! Et l’équipage n’était pas au « top », il arrivait à D. A. Keiper d’embarqué de la « viande », plus ou moins saoule (ou fumée !), pour faire du poids à bord de Williwaw ! De plus, ses foils étaient de plus mal réglés ! La possible différence de vitesse est donc assez logique, même avec les foils de Williwaw…

Daniel Charles et Christian Février m’ont donné leurs avis sur ces écrits.

Daniel

«… quand on est devant, l’autre est loin, quand on est derrière on a l’impression de s’accrocher ». De toutes façons, Williwaw était lent (le Pacifique à 5,1 nds de moyenne, plus lent qu’un Mini-transateux !).

Christian

«… la moyenne de Williwaw lors de sa traversée du Pacifique ne veut pas dire grand chose. 5,1 nœuds sur 75 jours de navigation durant les neuf mois de l’aventure, c’est effectivement la moyenne que reconnait Keiper dans son livre (page 134). C’était un petit bateau. Williwaw naviguait parfois sans ses foils ou avec. Dave avait parfois un équipier. Parfois il était en solitaire. Autant que je m’en souvienne, il y a plus de 1500 milles en solo lors de sa traversée vers la Nouvelle Zélande et le retour à Oahu, Hawaï… Dans de bonnes conditions, Williwaw pouvait atteindre 18 à 20 nœuds. Voir les photos pages 33 et  47 de son livre… ».

Comment vérifier si cette rencontre a impressionnée Eric Tabarly ?

Et oui comment ? Comment aller plus loin et essayer de savoir si Eric Tabarly a été un peu Marseillais sur ce coup (ce qui aurait été assez étrange de sa part) ! Retrouver un des protagonistes ?

Du côté de Williwaw

David Alan Keiper est décédé en 1998 et je n’ai pas pu trouver trace d’un de ses équipiers du moment.

Du coté de Pen Duick IV

L’équipage lors de ce périple était le suivant :

  • Eric Tabarly, est décédé en 1998,
  • Alain Colas, lui aussi, n’est plus là pour en parler et il n’a rien écrit sur le sujet dans Tour du monde pour une victoire (qui correspond à cette période),
  • Jean Michel Carpentier (président de la commission Courses et Challenges de l’UNCL de 2007 à 2009)
  • Olivier de Kersauson, qu’on ne présente pas !


L’équipage de Pen Duick IV photo Alain Colas Jean Michel Carpentier, Olivier de Kersauson, Eric Tabarly « Un tour du monde pour une victoire »

L’équipage de Pen Duick IV photo Alain Colas
Jean Michel Carpentier, Olivier de Kersauson, Eric Tabarly
« Un tour du monde pour une victoire »

Jean Michel Carpentier

J’ai retrouvé Jean Michel Carpentier, qui ma donné son opinion sur cette rencontre : « En effet, je me souviens de ce défi lancé auquel Eric avait répondu après les travaux de remise en état du Pen Duick IV effectués à Stocktown, donc peu de temps avant notre départ de la baie de San Francisco pour rejoindre L.A. afin de prendre le départ de la Transpac en 1969. Je confirme tout à fait les dires d’Eric et me souviens fort bien de cet épisode avec la déformation importante des tissus entre les lattes sur la grand voile quand nous avons atteint cette vitesse exceptionnelle à l’époque de 20 nœuds….».

ODK

Le 23 juin 2010, le téléphone sonne à la maison. Mon fils décroche et prend une tête étonnée. Je commence par tendre mon pouce et mon auriculaire pour imiter un combiné et je m’apprête à faire semblant de raccrocher (comme lorsqu’un vendeur de cuisine appelle…). Je n’ai pas le temps de terminer mon mime, que mon fils me tend le téléphone en me disant : « un marin » ! Au début, j’ai cru à une blague et je ne suis pas passé loin de tout planter en envoyant balader le gars qui me dit d’une grosse voix qui n’appartient qu’à lui seul : « c’est Kersauson » ! Je réponds : « oui bien sur ». Mais l’imitation est vraiment très bonne. Normal, puisque c’est lui ! «… j’ai lu votre projet d’article », c’est tout de même étonnant de faire des recherches sur un point de l’histoire, je me suis dit, il faut que je l’appelle… ».

Pour contacter ODK, j’ai testé la voix des ondes en laissant un message sur le site d’Europe 1, puis sur la boite mail de Laurent Ruquier avec qui il travaille. Connaissant un peu la Polynésie, et ayant une petite idée du lieu de son lieu de résidence, j’ai testé une adresse approximative (il y a 30 ans, les postiers des îles étaient très imaginatifs !). J’ai contacté un de ses bras droits (il en a plusieurs, c’est Shiva !) par l’intermédiaire d’un site qui met en relation les anciens d’une même école. J’ai contacté Ouest France lorsqu’ils organisaient une rencontre entre ODK et des lecteurs. J’ai contacté sa boite de communication : sans succès… Enfin, j’ai tapé « haut » … et cela à fonctionné.

J’ai donc pu discuter avec ODK et échanger sur cette rencontre Williwaw / Pen Duick IV, qui ne lui a laissé aucun souvenir ! Il m’a tout de même donné son avis sur Williwaw. D’après la photo présente dans mon brouillon d’article, et sûrement sa connaissance de l’engin, Williwaw était « une caisse informe, une sorte de plan Piver ». Et ce n’est pas faut, puisque avant de dessiner Williwaw, David Keiper était propriétaire d’un « Nimble », un plan Arthur Piver et qu’il a beaucoup conversé avec son architecte. Pour ODK, l’idée d’utiliser des hydrofoils, Eric devait l’avoir avant d’avoir croisé Williwaw. Et toujours d’après lui, Williwaw était à l’opposé de ce qu’Eric pouvait imaginer être un bateau ! Il estime que Pen Duick IV avait déjà tout du multicoque moderne, la légèreté, la longueur des flotteurs… Olivier de Kersauson se souvient qu’à l’époque, en France, on entendait beaucoup parler des multicoques américains mais quand ils sont arrivés aux USA, à part quelques catamarans de plage, il n’y avait rien ! Il m’a aussi dit que c’était peut être De Bergh qui avait soufflé l’idée à Eric. Mais je ne le pense pas, car il semble que ce soit Eric qui a contacté De Bergh avec cette idée. Et la rencontre Tabarly / De Bergh a eu lieu après la navigation côte à côte Pen Duick IV / Williwaw…

C’est tout ?

J’ai épluché de nombreux livres et contacté madame Tabarly, Gérard Petipas, A Thébault, Alain De Bergh, François Lefaudeux, Eric Bourhis, Mariannick Buffard… mais sans plus de résultat.

Et après ?

Après Honolulu, Pen Duick IV et son équipage ont rejoint Nouméa où Alain Colas a racheté le bateau à Eric Tabarly qui ne pouvait pas payer des impôts imprévus. Alain Colas a ramené le bateau en France par le Cap de Bonne-Espérance et gagné l’OSTAR 1972 (transat en solitaire). En 1973, il réalise le premier tour du monde en solitaire en trimaran sur ce bateau rebaptisé Manureva. Il disparait lors de la route de la route du Rhum 1978. Même si Pen Duick IV avait des flotteurs submersibles, très éloignés des flotteurs à forts volumes utilisés actuellement, sa légèreté pour l’époque, sa taille, ses flotteurs très longs font de lui un des précurseurs des trimarans de course d’aujourd’hui.

Williwaw, après de multiples croisières, s’est disloqué en 1977 sur la cote Hawaiienne, poussé par un cyclone. Même si son esthétique peut ne pas plaire, c’est le premier vrai hydrofoil à voile de haute mer, 27 ans avant l’Hydroptère. A part lui et l’Hydroptère, seul Scat de Sam Bradfield a volé en haute mer.

Eric Tabarly à disparu en mer d’Irlande à bord de Pen Duick en 1998. Retrouvé 1 mois après sa disparition par un chalutier de Loctudy, ses cendres ont été dispersées au large de Brest. Cette même année, David Kieper, pionnier des hydrofoils, est décédé d’une crise cardiaque. Il a rejoint le Pacifique où ses cendres ont été versées.

Six années après cette rencontre dans le pacifique, le projet qui s’est bien au départ appelé « Pen Duick VII » démarre (voir ci-dessous !). Eric fait la connaissance d’ingénieurs de Dassault a qui il expose son idée de multicoque de course à hydrofoils. A la demande de l’équipe Dassault, l’équipe du CEAT de Poitiers réalise alors plusieurs études et le prototype d’hydroptère testé à La Rochelle en 1976. La réalisation d’un hydroptère à l’échelle 1 étant, à l’époque, impossible, le projet reparti dans la direction initiée par Eric Tabarly : un foiler. C’est ainsi qu’en 1979 Paul Ricard vit le jour L’idée d’un hydrofoil hauturier fut elle reprise par Alain Thébault…

Plan de PD VII - Paul Ricard en 1978 – photo F Monsonnec

Plan de PD VII / Paul Ricard en 1978 – photo F Monsonnec

 

Paul Ricard version record de l’atlantique 1980 – F Monsonnec 03-2013

Paul Ricard version record de l’atlantique 1980 – F Monsonnec 03-2013

 

Conclusions

Tout ça pour ça ? Et oui ! Et je reste avec l’idée que cette rencontre a du marquer Eric Tabarly. Jean Michel Carpentier confirme les écrits d’Eric Tabarly et l’analyse d’Olivier de Kersauson va dans le même sens : Pen Duick IV allait plus vite que Williwaw. Mais Eric Tabarly à sans aucun doute analysé la situation et pris en compte les différences entre les deux bateaux ! Williwaw était une « puce » mal dégrossie par rapport à de Pen Duick IV (voir le dessin des deux bateaux à l’échelle). Et pourtant il allait très vite ce jour là ! Je sais, je n’ai pas découvert d’élément permettant de confirmer cette hypothèse. Personne, à part Eric Tabarly ou quelqu’un auprès de qui il se serait confié, ne pourra valider ou infirmer le fait que cette confrontation est à l’origine, ou tout du moins à participé à l’intérêt d’Eric Tabarly pour les plans porteurs. Je reste donc avec mes doutes mais aussi avec le plaisir d’avoir découvert quelques informations intéressantes, échangé avec J.M. Carpentier et ODK… Et puis, cette rencontre assez peu connue, les marins et bateaux cités, méritaient bien un petit article !

  • (1) Les cahiers du Yachting N° 196 avril 1979
  • (2) Cahier du Yachting N°196 et  AYRS nov 1975
  • (3) (4) Du Tour du Monde à la Transat – Eric Tabarly
  • (5) L’Atlantique en 10 jours – Michèle Lemaître
  • (6) Sailing Hydrofoil – AYRS

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 522 autres abonnés