Bernard Smith

(texte en grande partie traduit et images tirées du site Mr Smith’s Amazing Sailboats de Paul Dunlop, avec son aimable permission)

Bernard Smith est le père de la vitesse à la voile. Né en 1910, il travaille dans les années 50 comme scientifique civil auprès de l’US Navy dans la base de China Lake en Californie et passe son temps libre à réfléchir au « voilier ultime » un bateau « rapide à toutes les allures et stable dans toutes les conditions ». La Navy va ensuite financer ses recherches, lui permettant de construire de nombreux modèles et prototypes jusqu’à sa retraite en 1973. Il continuera ensuite ses recherches à titre privé, jusqu’à nos jours.

Premiers travaux

Dès 1950, Bernard Smith construit des modèles réduits à voile destinés à atteindre les vitesses des engins à moteur de ses collègues. En 1959, il construit son premier engin capable d’embarquer un homme : un tripode asymétrique qui s’avère impilotable.

Les Aerohydrofoils

Dès 1962, Bernard Smith conçoit des engins aysmétriques dont la voile et le plan antidérive sont inclinés de manière à ne pas nécessiter de force de rappel. En 1963 il publie son premier livre « The 40 knots Sailboat » (référence, revues en anglais ici et , et toujours disponible).

En 1969, Bernard Smith construit son premier modèle radio-commandé. Tirant les leçons des années précédentes, son « Aérohydrofoil » est symétrique et utilise des foils inclinés montés sur 2 des 3 flotteurs liés par une structure tetraedrique tubulaire qui restera une constante dans ses engins ultérieurs.

Il réalise ensuite son (le ?) premier foiler capable de décoller un équipier, atteingnant 20 noeuds dans 12 noeuds de vent.

L’engin est très stable, mais incapable d’embarquer un 2ème équipier ou de décoller par vent faible.

Les Monomarans

Juste avant sa retraite en 1973, Bernard Smith a construit un premier prao réversible baptisé « Monomaran », puis deux autres avec Frank Delano. Dans ces bateaux l’équipage embarqué dans une coque pouvait orienter la voilure en faisant tourner toute la fameuse structure tétraédrique autour d’un pivot situé au milieu de la coque, et même empanner.

Dans le Monomaran III le plus abouti, les manoeuvres étaient commandées par un ingénieux mécanisme permettant d’orienter deux foils inclinés situés aux 2 autres angles du tétraèdre soit ensemble, soit en opposition.

Les monomarans donnaient de meilleurs résultats que les aérohydrofoils dans les petits airs, et on atteint tout de même 20 noeuds dans 20 noeuds de vent. Ils étaient par contre difficile à diriger par très petits airs et les foils de la dernière version nécessitaient tout de même une vitesse minimale pour fonctionner.

Les « Fliptackers »

Dès 1982,  Bernard Smith et Ralph Gitomer, travaillèrent sur une nouvelle conception de prao réversible. L’idée était de pouvoir basculer (« to flip ») le fameux tétraèdre par dessus la coque d’un bord sur l’autre, permettant ainsi de virer (« to tack » : flip+tack -> fliptacker, cqfd).

Avec cette structure, la voile est un triangle isocèle étayé entre les deux points du tétraèdre qui vont devenir flotteurs sous le vent et tête de mat alternativement, sur lesquels sont donc montés des foils inclinés fixes.

Smith et Gitomer déposent un brevet accordé en 1990 sur ce principe, puis suivent des voies différentes. Gitomer construit une planche à voile  « fliptacker ». Smith publie en 1969 son deuxième livre « Sailloons and Fliptackers : the Limits to High-Speed Sailing » (toujours disponible), et réalise quelques modèles de fliptackers munis de foils aux 4 sommets du tétraèdre, la coque étant simplement amarrée entre deux sommets.

Les « Sailloons »

Parallèlement à ses travaux sur les Fliptackers, Bernard Smith étudie un autre design basé sur l’idée d’équilibrer les forces aérodynamiques sur la voile par les forces hydrodynamiques sur deux hydrofoils. Doté d’une voile gonflable, le « Sailloon » (contraction de « sail » et de « balloon ») est asymétrique, ne peut pas virer et est sujet à la gite. En théorie, la voile doit être 800x plus grande que les hydrofoils pour respecter le rapport entre les densités de l’eau et de l’air. D’après Smith, ce design serait intéressant pour un grand bateau, de l’ordre de 100 tonnes mu par une voile de 100m de haut !

Mais il ne parvient à expérimenter les voilures gonflables qu’en combinaison avec les conceptions précédentes. Il munit son « aérohydrofoil » d’une voile gonflable, et réfléchit à un « fliptacker » à voile profilée.

Le voilier ultime

Le fliptacker à voile profilée est le design qui se rapproche le plus du voilier parfait que Smith a recherché pendant 40 ans, dans lequel la portance hydrodynamique du foil compense exactement la force de dérive due à la voile, résultant en une force propulsive pure.

A 97 ans, Bernard Smith vient de publier son troisième livre, « The Ultimate Sailboat » (je ne sais pas encore où on peut l’obtenir…) dont on peut voir quelques illustrations ici.

Plusieurs projets dont nous avons déjà parlé sur Foilers! ou dont nous parlerons bientôt s’inspirent plus au moins fortement des travaux de Smith, un véritable précurseur de la vitesse sur l’eau. Avec les matériaux et les moyens de calcul modernes, les engins de Smith serait certainement bien classés au WSSRC !

 

 

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7 Responses to Bernard Smith

  1. Gurval dit :

    Bonjour.

    Il y a un blog, celui de bob, où ce cache une pépite pour tous ceux qui n’ont jamais vu les travaux de Mr Smith que sur leur ecran.
    C’est la seule video que je connaisse d’un fliptacker:

    Ou http://www.sailblogs.com/member/speedtech/ puis sailien video dans le menu de droite.

    • Dr. Goulu dit :

      Merci Gurval !
      je me suis permis de raccourcir le lien kilométrique. Dommage qu’on ne puisse pas intégrer des videos dans les commentaires car c’est vrai que ça vaut la peine d’être vu. On en fera peut-être un article.

      J’ai ajouté aussi le blog aux liens. Il est très bien. dommage qu’il n’ait pas de flux RSS pour le suivre…

  2. […] aero-hydrofoils de Bob Imhoff Dans un récent commentaire sur Bernard Smith, Gurval a signalé cette video où l’on voit dans les dernières secondes un modèle réduit […]

  3. Benoit Borrel dit :

    Désolé pour le commentaire triste, mais d’après SailingAnarchy et SailRocket (http://www.sailrocket.com/node/259), Bernard Smith est mort le 12 février en digne centenaire.

  4. Mes condoléances à la famille s’ils nous lisent (peu probable) et espérons qu’un de ses descendants reprendra de flambeau.

    GG

  5. […] lors d’un post l’a évoqué, B Smith est […]

  6. […] la science fiction : c’était du rêve pur. On n’avait pas la moindre idée comment y arriver. Bernard Smith publia en 1963 « The Forty Knots Sailboat », et il imaginait des dirigeables immenses gonflés […]

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