Le petit hydroptère d’E.T.

31 juillet 2008

Non non, George Lucas n’avait pas prévu de faire voler E.T. l’extraterrestre à bord d’un hydroptère (enfin je ne le pense pas).

E. T. c’est aussi le grand Eric Tabarly qui, d’une certaine manière, était un extraterrestre ! Les photos du bel hybride que pilota Eric Tabarly en 1976, ont du faire naitre des vocations de pilotes d’engins à foils (au moins une !).

Photo Bernard Deguy 1976

Photo Bernard Deguy 1976

La genèse

L’idée d’utiliser des hydrofoils, Eric Tabarly, l’avait déjà fin 1971. Il souhaitait développer un foiler pour améliorer la stabilité d’un trimaran de course tout en diminuant la trainée (il avait croisé Williwaw le premier foiler océanique en 1969 aux USA). En 1975, il rencontre Alain de Bergh et Claude Picard ingénieurs chez Dassault. Le duo, qui va s’intéresser au projet d’Eric Tabarly, va se transformer en trio avec l’arrivée de l’aérodynamicien Pierre Perrier. Puis en quatuor avec le professeur Tsen du CEAT ENSMA de Poitiers. C’est Alain de Bergh qui, après plusieurs semaines de recherches, propose d’étudier la possibilité de faire voler l’engin. En 1975 des essais en soufflerie sont réalisés, des foils sont testés à l’école nationale supérieur de mécanique aéronautique de Poitiers (ENSMA) et une maquette sur un plan d’eau (tractée par une canne à pêche !)…

En 1976, au retour du Triangle Atlantique qu’il vient de gagner avec Pen Duick VI, Eric Tabarly rencontre Jean Garnault professeur à l’IUT Génie civil de La Rochelle. Jean Garnault lui propose de construire la maquette navigante de son projet. Cette maquette devait permettre de valider les idées d’Eric et des ingénieurs de Dassault. Idées qui, à l’époque, faisaient sourire certains. La maquette devait surtout permettre d’observer le comportement d’un hydroptère à voile en navigation. En Angleterre et en France, d’autres engins de ce type existaient déjà comme ceux de Claude Tisserand (Véliplanes) ou de Roland Tiercelin (Trimama, Triplane …), mais l’engin réalisé par Jean Garnault allait permettre de valider les premières esquisses du projet.

Réalisation

La bête fut construite à partir de la coque centrale d’un Tornado, de son gréement, d’un profil de mat pour le bras de liaison, de flotteurs en contre plaqué stratifié et de foils à priori eux aussi en CP stratifié. Le safran était équipé d’un empennage en V dont l’incidence était réglable en tournant la barre sur elle-même (rotation d’un pas de vis, puis d’une crémaillère fixée en tête de safran).

Pour augmenter la surface du pont, une plaque de contre plaqué avait été rajoutée sur la coque centrale. Sur chaque côté de cette plaque, étaient fixés 2 répétiteurs (girouette, anémomètre …). Cette plate forme rendait le canot légèrement plus «confortable» mais les pieds du barreur se trouvaient tout de même au même niveau que ses fesses. La barre se trouvait dans le dos du pilote, ce qui ne devait pas permettre un pilotage en finesse.

Sur la coque de Tornado, à l’emplacement de la poutre arrière, un petit profilé dépassant de chaque coté avait été boulonné. Il permettait de fixer une pantoire pour l’écoute de GV. De même à l’avant, une mini poutre servait de point de fixation à la poulie d’écoute de foc.

Voiles & voiliers N°448 juin 08

Voiles & voiliers N°448 juin 08

Caractéristiques :

  • Longueur : 6.09 m
  • Largeur : 7m
  • Poids : 160 kg environ, 230 avec le pilote
  • Surface de voilure : GV 16,87 m² ; Foc 5,20 m²
  • Longueur des foils : 2 m

Navigations

Assemblé au port des Minimes (arrivé démonté sur une remorque tractée par une DS), l’engin a volé dés sa première sortie, au près serré, par 10/15 nœuds de vent. Il semble que le premier vol n’est pas été réalisé par Eric Tabarly mais par quelqu’un de l’équipe de La rochelle…

Eric Tabarly, qui avait ancré Pen Duick VI à la Rochelle pour l’occasion, fut enchanté par le comportement tout en douceur de l’engin. Décollage et atterrissage en souplesse, passage dans le clapot et le sillage de bateaux à moteur sans soucis. De temps en temps, une jambe de force crochait l’eau mais rien de dramatique. L’envol avait lieu dès 10 nœuds, la vitesse max. atteinte lors de ces essais fut de 15 noeuds.

Hors Série Voile magazine « Tabarly » 1996

Hors Série Voile magazine « Tabarly » 1996

La suite

En 1976, malgré ces navigations encourageantes (durant tout l’été), en l’absence de sponsor, le projet piétine. Autre point négatif, pour réaliser un trimaran de 18 m, l’extrapolation à l’échelle 1 des résultats obtenus à partir de la maquette impliquait un poids maxi de 6,2 tonnes et des foils de 6m de long. Les matériaux de l’époque ne permettaient pas de construire un engin de ce poids et des foils de cette dimension (nous étions aux balbutiements de l’utilisation du carbone). Il a donc fallu se « contenter » de réaliser un foiler en aluminium : Paul Ricard. Mais l’idée de faire voler un hydroptère n’a jamais quitté Eric Tabarly…

Bien des années plus tard, en 1985 Alain Thébault rencontra Alain de Bergh pour lui présenter ses croquis puis Eric Tabarly. Lorsque Alain Thébault, avec l’aide d’Eric Tabarly, a souhaité relancer le projet d’hydroptère, il a voulu réutiliser cette maquette pour refaire des essais. Malheureusement, il semble qu’Eric Tabarly avait oublié de remercier Jean Garnault et l’équipe de l’IUT de La Rochelle pour leur travail (dixit A Thébault, Pilote d’un rêve Flammarion 2005). Alain Thébault essuya donc un refus, et réalisa une nouvelle maquette sur laquelle il navigua de 1987 à 1992. La suite, nous la connaissons…

Sauf erreur, la maquette de 76 après être restée plus de 20 ans remisée, serait maintenant la propriété d’une personne du team d’un tri ORMA. Je rêve d’admirer ce canot de près. Si il existe toujours, il mérite sa place dans un musée ou encore mieux sur l’eau !

Complément d’informations ou rectifications bienvenues !!

Bateaux N°594 nov 07

Bateaux N°594 nov 07

Fred

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20 ans avant Wot Rocket, « DEFI », prao à foils et voile épaisse…

21 juillet 2008

Les années 2000 ont vu l’apparition de nouveaux prétendants au record de vitesse à la voile.

Parmi ces nouveaux venus, Wot Rocket, qui exploite la solution prao, m’a rappelé un engin du siècle dernier !

Un engin qui a fait les beaux jours de la défunte semaine de vitesse de Brest.

Je ne sais pas ce que Wot Rocket, sera capable de faire…en tout cas il y a plus de 20 ans «Défi», (qui s’appelait au départ EDF-GDF puis VVT), avait déjà tous les éléments qui caractérisent Wot Rocket : voile épaisse, nacelle fermée, bras caréné, foils…

C’était même avant la naissance du tripode Australien Yellow Pages Endeavour (1991), grand frère de Macquarie Innovations.Voiles & Voiliers N°195 mai 1987

Voiles & Voiliers N°195 mai 1987

Voiles & Voiliers N°195 mai 1987

Voiles & Voiliers N°195 mai 1987

Voiles & Voiliers N°195 mai 1987

Démarré en décembre 1983 et terminé 1986 «Défi» a été conçu par Paul Lucas, Bernard Sterninou, Jean Pierre Desgardin et Serge Pennec. Superbement bien construit par la section composites du Lycée technique Kerichen de Brest, Défi avait lors de son lancement les caractéristiques suivantes : longueur 11 m, largeur 10m, surface voile épaisse 26m², poids 280 kg.

En comparaison Wot Rocket a les «mensurations» suivantes (un bateau c’est féminin en anglais !) : longueur 9m, largeur 6.5m, poids 450 kg.

Alors Wot Rocket très lourd ou Défi trop léger ? L’avenir nous le dira peut être …

Avec sa coque centrale, mariage de la poutre et de deux flotteurs, Défi pourrait se classer dans la catégorie des tripodes (ce qui ruine complètement ma comparaison Défi – Wot Rocket !).

Comme beaucoup d’engins, Défi connaîtra son lot d’avaries et de modifications.

La voilure épaisse fit place à un mat aile associé à une voile conventionnelle, sûrement plus facile à maîtriser : difficile lors des accélérations, de voire le fasseyement d’une voile épaisse !

Modification de la nacelle qui devint moins futuriste mais qui permettait au pilote de mieux voir le plan d’eau : essuie-glaces prévus sur Wot Rocket ?

La partie immergée de cette nacelle prit la forme des carènes d’hydravions afin, je suppose, de rendre les atterrissages moins violents : en 2007 l’Hydroptère fit de même en changeant ses flotteurs.

Multicoque magazine N°41 juin/juillet 1992

Multicoque magazine N°41 juin/juillet 1992

Défi a participé à de nombreuses semaines de vitesses mais a toujours été handicapé par son architecture qui l’empêchait de revenir au point de départ pas ses propres moyens (idem pour Wot Rocket, Sailrocket…). Ceci limitait le nombre de runs, la maîtrise du canot et les chances de faire de bons résultats. Défi n’était pas non plus favorisé par le plan d’eau souvent agité de Brest. Sans oublier les soucis mécanique (casse bras, gréement).

Je perds la trace de bel oiseau en 1992.

Si Défi n’a pas laissé son empreinte en terme de vitesse sur 500m (capable de très belle accélération, il finissait rarement ses runs au même rythme), il a marqué par son esthétique futuriste les accros de vitesse des années 80/90 !


SYZ & CO Leman Sailing Speed Records

10 juillet 2008

La banque genevoise Syz & Co donne un coup de jeune aux records de vitesse sur le Léman en offrant des prix en espèces chaque année aux 3 meilleurs chronos sur 4 records :

  1. le Ruban Bleu (record de vitesse toutes catégories pour la traversée aller-retour Genève – Le Bouveret)
  2. le Ruban Violet (même parcours en monocoque)
  3. le record de l’heure
  4. le record de vitesse pure sur 1 km

Les concurrents pourront tenter de battre plusieurs chronos en une seule navigation : il leur suffira d’embarquer une balise GPS mise à leur disposition par la SNG, qui permettra même de suivre la tentative par internet. Il y aura aussi un site dédié à ces records, mais il n’existe pas enore.

Evidemment, ces records seront entre autres visés par le cata à foils « Syz & Co » qui devrait être mis à l’eau en août, certainement aussi par Mirabaud LX (allez Thomas, le Ruban Violet c’est mieux que le Bol d’Or: tu peux choisir un jour où ça souffle …) et par les autres qui suivront (hydroptere.ch ?)

sources : Nautisme info, Adonnante

documents :Communiqué de presse / Règlement de course


Foilers ira moins vite. Help !

5 juillet 2008

J’ai démarré ce blog en février 2007, un des buts étant de me rendre « visible » pour rejoindre l’équipe de l’Hydroptère qui s’installait à l’EPFL. Puis j’ai cherché un nouveau job pendant un an, ce qui m’a permis de publier 119 articles jusqu’ici, et de réagir vite aux nouvelles en provenance de l’eau et du web.

Je viens de retrouver un emploi dans l’industrie de machines, qui ne me permettra plus de consacrer autant de temps au domaine passionnant de la vitesse sur l’eau, ni une présence si continue sur le web. Ca va redevenir un de mes nombreux intérêts, auquel j’espère pouvoir consacrer quelques heures en soirée et les week-end, mais le rythme de mes publications sur Foilers! va ralentir considérablement.

Mais si vous souhaitez que ce blog reste un point de rencontre entre les fous de vitesse sur l’eau quels que soient leurs engins et un lieu d’information du public sur ce domaine passionnant, vous pouvez y contribuer. Si vous souhaitez partager votre expérience, votre passion et vos réalisations sur Foilers!, même occasionnellement, même une seule fois, vous êtes les bienvenus :

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Avec votre aide, foilers! se développera toujours à grande vitesse et continuera à informer des lecteurs de plus en plus nombreux, que je remercie une fois de plus pour leur fidélité.

Philippe Guglielmetti (Dr. Goulu)


Trop de vent pour WotRocket

1 juillet 2008

Ce matin en Australie, alors que WotRocket était fin prêt pour son premier vol, le vent a forci à plus de 30 noeuds en formant un clapot qui a forcé Sean Langman à « mettre à la cape » puis à renoncer à la sortie. L’équipe est prête à remettre ça dès que le vent retombera autour de 25 noeuds, maintenant que le WSSRC a pris note de sa tentative de record pour tout le mois de juillet.

La photo est belle, n’est-ce pas ? les moutons sur les crêtes, Sydney en arrière-plan et WotRocket seul pour affronter force 7. Oui, bon, si on exclut ce frimeur de kite, là dans son coin … 😉