Le trimaran Paul Ricard, un défi

18 octobre 2013

Eric Bourhis – Vincent Péron

Trimaran Paul Ricard, un défi

Trimaran Paul Ricard, un défi – photo William Borel

Le voilà, il arrive, il faisait défaut ! Il y a bien un livre dédié au record de l’atlantique (L’Atlantique en 10 jours – Histoire d’un record) mais il n’y avait pas d’ouvrage consacré à la vie du foiler Paul Ricard.

Pour les plus jeunes, même si je ne pense pas que les lecteurs de Foilers ne connaissent pas ce bateau, Paul Ricard est le premier bateau d’Eric Tabarly à ne pas s’être appelé Pen Duick. Même si entre les premières plans et l’arrivée du sponsor, le projet portait le nom de Pen Duick VII.

Lorsqu’au milieu des années soixante-dix Éric Tabarly réfléchit à une nouvelle machine à gagner, il estime qu’il existe une autre voie que celle du gigantisme : le foiler. De nombreux voiliers équipés d’hydrofoils ont alors déjà navigué (voir On a marché sur la mer). Mais même si Éric Tabarly n’est pas le premier à imaginer utiliser des hydrofoils sur un voilier, sa rencontre avec Alain de Bergh a permis d’amorcer une importante démarche scientifique et de faire naître une lignée d’engins ailés : le prototype de Tornado à foils (voir en bas de page), Paul Ricard, Côte d’Or II et même l’Hydroptère. Sans ce projet fondateur, le développement des foilers hauturiers n’aurait pas été si rapide.

Mis à l’eau en 1979, juste à temps pour courir la Transat en double qu’il termina second après une lutte d’anthologie avec VSD, Paul Ricard est un bateau laboratoire où de nombreuses innovations ont été testées (usinage chimique et intégral, mat aile, spi à tuyère, hydrofoils…). C’est aussi le premier voilier à battre le record de l’Atlantique, de resté invaincu 75 ans et jusqu’à lors détenu par Atlantic de Charlie Barr.

Paul Ricard versions 79 à 84 – F Monsonnec 06-2013

Paul Ricard versions 79 à 84 – F Monsonnec 06-2013

Éric Bourhis est depuis son plus jeune âge, passionné par la mer au-dessus comme au-dessous de la surface. Il a été plaisancier, coureur au large, moniteur de plongée, préparateur de voiliers, patron de pêche et coureur de course offshore. Il a couru aux cotés d’Eric Tabarly pendant plus de 10 ans sur Pen Duick VI et sur Paul Ricard. Il faisait partie de l’équipage du record de l’Atlantique en 1980 avec Eric Tabarly, George Calvé et Dominique Pipat et a aussi couru La Baule Dakar en temps que skipper du foiler.

Passionné par ce bateau, qu’il cherche à faire reconstruire depuis 2005 (il a créé pour cela l’association Atlantic Express), Eric Bourhis a souhaité mettre l’accent sur l’histoire de ce trimaran et des hommes qui ont présidés à sa carrière en réalisant un livre de témoignages. Vous découvrirez avec plaisir les péripéties de l’aventure Paul Ricard, Eric Tabarly apparait sous un nouveau jour, au cœur de l’action. Vous retrouverez les souvenirs, et les très nombreuses anecdotes, de René-Julien Baudinet, Alain de Bergh, Gérard Fusil, Alain Juillet, Jean-Pierre Maréchal, Philippe Monnet, Marc Pajot, Patrick Tabarly et bien sur d’Eric Bourhis. Le trimaran Paul Ricard, un défi, contient de nombreuses photos en noir et blanc, dont beaucoup inédites, un cahier couleur et de nombreux dessins et cartes.

Jean Pierre Maréchal, Eric Bourhis, Marc Pajot Grand Pavois – F Monsonnec 09-2013

Jean Pierre Maréchal, Eric Bourhis, Marc Pajot au Grand Pavois – F Monsonnec 09-2013

Une première version a été présentée au Grand Pavois à La Rochelle en série limitée, dans une très belle couverture en dacron dont le tissu n’est autre que celui de la grand voile Gateff de 1983. Voile conservée au chantier ACX jusqu’à sa fermeture, retrouvée par Noël Cloarec qui la ensuite offerte à Eric Bourhis pour l’association Atlantic Express.

Ce livre accessible à tous, pas seulement aux « voileux » ou aux amoureux des multicoques, sera disponible en librairie (et sur Internet) à partir du 18 octobre.

Bonne lecture…

Le trimaran Paul Ricard un défi, couverture dacron

Le trimaran Paul Ricard un défi, couverture dacron

Trimaran Paul Ricard, un défi

ISBN : 978-2-84265-756-7  –   EAN ebook : 9782842657888

La Découvrance

17000 La Rochelle

ladecouvrance-izibookstore.com

Articles de Foilers en connexion avec Paul Ricard

Le prototype d’hydrofoil réalisé pour Eric Tabarly lorsque le projet n’était pas de réaliser un foiler mais un hydrofoil :

L’origine de l’idée d’utiliser des hydrofoils par Eric Tabarly ?

A noter que deux auteurs de Foilers ont participé à la réalisation de ce livre !


Interprétation No.52 des règles de la classe AC72

12 octobre 2013

Suite à l’intervention de Rb1 (Erwan), des éléments ont été rajoutés en bas d’article… !

Pour poursuivre nos discussions sur l’America’s Cup (voir America’s Cup, « Ya quelqu’un qui m’a dit ») et surtout sur les systèmes de réglage des foils, voici un document que m’a transmis mon ami Daniel Charles. C’est tout simplement le compte rendu de l’étude par le «Measurement Committee» du système de réglage des foils d’Oracle (ah Daniel où vas-tu chercher tout cela ?) ! J’ai essayé de traduire ce document, mais je ne suis pas un habitué de l’exercice (merci à G. Delerm pour son aide)…

En plus de nous éclairer sur le fonctionnement du réglage des foils d’Oracle, c’est un rappel d’une partie des règles de la classe. Surtout, cela nous montre comment le comité analyse et répond aux questions posées.

Pour faciliter la lecture, j’ai noté les réponses du comité sous les questions posées (elles sont dans une partie distincte dans le document officiel). J’ai aussi traduit les légendes du dessin, en cliquant sur le schéma, vous obtiendrez une version de plus grandes dimensions.

Maintenant, entre nous !

Reste à situer la place de «Little Herbie» sur ce schéma. Théoriquement, il doit être aux alentours de la boite de commande, mais normalement sans autres liens que le regard du pilote de foil sur les instructions données par «Little Herbie», son cerveau et ses membres supérieurs ou inférieurs !

Enfin, théoriquement ! Les mauvaises langues, vicieux, visionnaires… ont peut être déjà sauté le pas et imaginé que «Little Herbie» pouvait être connecté à un système d’aide au pilotage. Outil permettant de délivrer un signal sonore, visuel ou sensoriel, pour aider l’homme en charge des réglages à réaliser sa tache. Puisque le team Oracle a intelligemment pioché dans les appareils développés pour les plus lourds que l’air (quoi de plus normal !), pourquoi ne serait-il pas passé à l’étape supérieure ? Soit, l’utilisation des développements réalisés, par exemple par le NSBRI (National Space Biomedical Research Institute), pour les pilotes d’engins spatiaux mais aussi les pilotes d’hélicoptères d’intervention ou ceux des petits avions en cours de formation. Outil aussi développé par l’EPFLVibro-Tactile Interface for Enhancing Piloting Abilities during Long Term Flight et qui se base par l’intégration de vibreurs dans les vêtements des pilotes !

Mais dans ce cas, il y aurait un lien physique qui n’existe pas lorsque seul le regard du pilote réalise l’interface. Et cela irait, pour moi, à l’encontre du point (e), « …Tout système d’acquisition de données, capteurs associés ou électronique doivent être physiquement séparés et complètement isolés de toute opération électrique mentionnée au point (i)…


 

Comité de Mesure

Interprétation No.52  des règles de la classe AC72

version  1.1: le 22 Février, 2011


Règle de référence

19. PUISSANCE MANUELLE ET STOCKAGE D’ENERGIE

19.1 Seule la puissance manuel le (la force exercée par l’équipage) ou l’effet d’un contact direct avec le vent et /ou de l’eau doit être utilisée pour l’ajustement du gréement, de la voilure, des voiles souples, des safrans et dérives.

L’utilisation de l’énergie stockée et la puissance non manuelle est interdite, à l’exception :

(a) pour les petits ressorts, élastiques ou tendeurs élastique, et dispositifs similaires;

(b) accumulateurs basse pression hydrauliques ou à gaz de moins de 6 bar qui fournissent une contre-pression à un système hydraulique pour éviter la cavitation, mais ne réalisant pas «  d’effort » par eux mêmes (NdT : le terme « cavitation » ne doit pas ici qualifier le phénomène pouvant apparaitre sur les appendices du bateau);

(c) batteries de pompes électriques de cale, à condition que la capacité totale de toutes les pompes ne soit pas supérieure à 200 l/ min, et

(d) batteries pour l’instrumentation, systèmes de communication entre les équipiers et les équipements vidéo et audio « ACRM »

(e) pour le fonctionnement électrique des

  • (i) valves hydrauliques. Ces opérations doivent seulement servir à transmettre l’énergie pour positionner la valve;
  • (ii) embrayages des systèmes de winchs. Les vannes et les embrayages cités ci-dessus en (i) et (ii), doivent être disponibles sur le marché et les concurrents pourront les avoir obtenus pour une utilisation approuvée par le comité de Jauge. Les actions citées ci-dessus en (i) et (ii) ne doivent avoir aucune autre origine que des commandes manuelles. Tout système d’acquisition de données, capteurs associés ou électronique doivent être physiquement séparés et complètement isolés de toute opération électrique mentionnée au point (i) et (ii) à l’exception de l’alimentation en tension. La saisie manuelle peut verrouiller la valve(s) ou embrayage(s), faire fonctionner de multiples vannes ou embrayages, et/ou transmettre des positions variables. Vannes et embrayages peuvent être exploités à partir de plusieurs entrées manuelles. Ces systèmes peuvent être câblés directement entre les entrées manuelles et doivent être câblés entre les entrées manuelles et la vanne(s) ou l’embrayage(s). Le câblage doit être clairement identifiable. L’énergie électrique utilisée pour cela que doit être stockée dans des batteries ou des petits condensateurs.
Schéma Pl-49 Interprétation No.52  des règles de la classe AC72 – version française

Schéma Pl-49 Interprétation No.52 des règles de la classe AC72 – version française

Questions :

Le comité d’évaluation a interprété l’arrangement hydraulique montré dans PI_49 comme conforme à la règle de classe 19.2, sous réserve de l’approbation de la vanne par le comité de mesure. Ci-dessous une reproduction du schéma de PI_49. Il semble y avoir un composant (non marqué dans le schéma initial) que nous avons appelé «composant X» qui relie le point Y (l’extrémité mobile de l’actionneur linéaire).

(1) Est-ce que le composant X fait partie de la vanne ?

Réponse : non

(2) Si la réponse à la question 1 est oui, la vanne complète, y compris le composant X, doit être disponible dans le commerce en tant qu’un élément pouvant recevoir l’approbation du comité d’évaluation ?

Réponse : non applicable

(3) Si la réponse à la question 1 est non, la commande électrique de la vanne permet elle de réaliser une action sur un élément qui n’est pas une vanne hydraulique ou un embrayage dans un système de winch ?

Réponse : Le fonctionnement électrique est autorisé pour fournir l’information d’entrée de la position de la vanne ou de l’embrayage. Dans cet exemple, l’énergie stockée dans cette opération est réputé conforme à la règle 19.2 (a).

(4) En supposant que le composant X est un système de ressort qui peut faire varier la longueur entre l’actionneur linéaire et l’élément nommé vanne « Hawe » puis , si la pompe ne tourne pas , ou la pression hydraulique fournie au vérin à double effet est insuffisante pour surmonter la charge , ne va pas t’ elle pas bouger par rapport à la partie statique du montage (Ndt, ou : par rapport à la terre). Lorsque la partie pivotante est fixe et le piston « a » sur la valve « Hawe » est enfoncée à fond, un ordre pour déplacer la pièce en «Y» plus loin vers la droite n’aura aucun effet sur la position de la valve, mais va changer l’extension de composants X. Dans ce cas l’utilisation d’un tel système satisfait à l’exigence de la Règle 19.2 (e) (i) qui dit que «Ces opérations doivent seulement fournir des entrée sur la position de la vanne»?

Réponse : oui

(5) Est-il permis à l’actionneur de réaliser un travail sans changement de position de la vanne ?

Réponse : l’actionneur fournit seulement des données pour la position de la vanne. Dans cet exemple, l’énergie stockée dans cette opération est réputé conforme à la règle 19.2 (a)

Cette interprétation est émise conformément à l’article 3 des règles de classe des AC72 version 1.1 du 22 Février 2011.

Nick Nicholson,

Président, pour le Comité de Jauge

27th Août 2013

Rajouté le 13/10/13

Si vous avez lu cette traduction, vous vous posez sûrement les questions suivantes : « en quoi consite cet élément X & se pourrait-il que cet élément soit « Little Herbie » ? ». Lors de la mise en place de cet article je n’avais pas suffisamment d’éléments pour aller dans ce sens, même si ce point m’intriguait (et il intriguait le comité !). J’ai donc orienté mes divagations vers d’autres idées (voir première partie). Erwan a trouvé un document où des passionnés évoquent « Little Herbie », un système installé pour la première fois sur le prototype XB-47 de Boeing. Il faut dire que le XB 47 souffrait de problèmes de « stabilité ». Erwan a bien entendu émis l’hypothèse que « X » était « Little Herbie ». Sur la page proposée par Erwan, figure le nom de deux des concepteurs du petit « Herbie ». J’ai donc réalisé de nouvelles recherches et j’ai trouvé le brevet US2672307 A, qui a pour sujet : « Airplane yaw damper ». Brevet déposé par Jr William H. Cook, Calvin E. Pfafman, George S. Schairer pour Boeing le 16 mars 1954 !

Au cours de ces « recherches », je suis aussi tombé sur un document récapitulant les différentes étapes du développement des systèmes de contrôle de la stabilité des avions. Dans la liste de ceux qui ont travaillés sur ce sujet, il y avait Robert R. Gilruth (c’était une de ses premières études à la NACA qui deviendra la NASA). R. R. Gilruth n’est autre que le concepteur de Catafoil, le « premier voilier volant » mes aussi le père de la conquête spatiale américaine !

Extrait du brevet US2672307 A

Extrait du brevet US2672307 A

Voici quelques extraits du texte du brevet US 2672307 A :

…Le mécanisme est particulièrement approprié pour être incorporé dans un contrôle d’une gouverne de direction comprenant un actionneur de puissance, tel qu’un dispositif de piston-cylindre hydraulique, qui est commandé par le pilote. La commande de la présente invention peut être superposée à la commande d’un actionneur hydraulique, par exemple, en agissant sur allongement ou le raccourcissement de la tringlerie de commande

…Le dispositif de détection 3 peut incorporer un mécanisme appelé gyroscope, qui détecte la vitesse angulaire de lacet et est conçu pour développer un signal électrique proportionnel à la vitesse de lacet de l’avion…

Et maintenant :

Je suppose que comme moi vous vous demandez si le fameux équipier supplémentaire, mister « Herbie », avait sa place à bord. Est-ce que le comité s’est fait rouler dans la farine ? Je ne maîtrise pas assez les règles de jauge, et la science de l’interprétation de cette jauge, pour avoir une position bien claire ! Mais une fois de plus (voir précédent article), je pense que la jauge doit être revue pour tenir compte de la mise en place de tels outils…

Rajouté le 16/10/13

Voici peut être une photo d’un « Little Herbie », l’actionneur utilisé dans la tige de réglage du gouvernail du Boeing XB-47 !

Actuator utilisé pour le Boeing XB-47  - The Aeronautical Sciences 1950

Actuator utilisé pour le Boeing XB-47 – The Aeronautical Sciences 1950


America’s Cup, « ya quelqu’un qui m’a dit » !

4 octobre 2013

Cela remonte à 4 ans, je discutais avec des amis des nombreuses casses du Vendée globe (mats, quilles…). Au cours de notre discussion j’ai répété, sans citer son nom, ce qu’un ami architecte m’avait raconté. C’est là qu’une « des pointures » présentes a dit : « et c’est le fils de ta concierge qui te l’a dit ? », ou quelque chose du même acabit. Cela sous entendait que je ne faisais que colporter des histoires, comme un simple perroquet. Et vlan, prend ça !

Et bien, je l’avoue, cet article sera 100%, ou presque, du même tonneau !  Rien d’officiel que des « on dit » ou presque ! De toute façon, l’officiel de l’America’s Cup est loin de refléter la réalité ! Pourquoi, ne pas citer mes sources ? Elles sont multiples et souvent elles-mêmes tiennent ces informations d’autres personnes. En passant d’une personne à une autre il y obligatoirement transformation (surtout si un des acteurs avait un verre à la main). Ce ne serait donc pas respecter ceux avec qui j’ai pu échanger que de les citer ! Bon, il y a tout de même quelques liens et données vérifiables et déjà vérifiées. Enfin, je donne mon avis sur certains points et je n’ai pas envie d’associer mes contacts avec mes idées !

Bref, je vous fais part de ces bruits de pontons, à vous d’y apporter, ou non, toute votre attention et de réagir en étayant ces différentes idées ou, au contraire, en prouvant l’inverse…

1 – Gréement

La prochaine jauge sera t’elle courue sur des AC72 ? Si oui, espérons que la partie voilure sera revue. Au départ, lorsque la jauge n’était qu’à l’état de « draft », deux gréements étaient prévus, un pour les vents faibles, l’autre pour la « baston ». Mais pour diverses raisons, dont le prix des gréements, une seule surface a été retenue : celle du petit temps ! D’où les problèmes de surpuissance. Les équipages n’utilisant, toujours d’après radio ponton, qu’une faible partie de la puissance disponible. En plus du danger de naviguer sur un engin surpuissant, il n’est jamais bon d’utiliser un système dans la partie basse de ses capacités.

2 – Détournement de jauge

Voler ou pas !

ETNZ serait le premier à avoir souhaité voler, et fait ce qu’il fallait pour y arriver, en louvoyant au coeur des limites fixées par la jauge. Oracle n’aurait pas, au départ, prévu de décoller. D’ailleurs au début de cette coupe, bien avant la Louis Vuitton Cup lorsque nous discutions sur Foilers (voir Oracle 17, la cabane sur le chien), nous ne comprenions pas comment Oracle allait bien pouvoir voler et surtout réguler. Et il ne volait pas !

Energie

La jauge interdit le stockage d’énergie. Pour permettre la tenue du gréement, plusieurs équipiers doivent mouliner en permanence pour fournir l’énergie hydraulique nécessaire ! ETNZ aurait détourné ce point de la jauge en utilisant des tuyaux expansibles afin de jouer le rôle de réserve d’énergie ! Je suppose qu’en intégrant dans la jauge des parties relatives à l’hydraulique, le but était d’éviter la présence de moteurs comme sur Alinguy 5 en 2009, mais de là à rendre des bateaux dangereux en interdisant le stockage d’énergie, quelque chose m’échappe…

3 – Régulation

Nécessaire régulation ?

La règle de conception AC72 interdit les surfaces mobiles sur les dérives et safrans (paragraphes 8.6 et 9.6). De plus, les limitations dimensionnelles des appendices ne permettent pas l’utilisation de foil en « V ». Les design teams ont donc opté pour des plans porteurs que l’on peut classer dans la catégorie des foils en « L ». Foils logiquement équipés d’un système de régulation « standard » (rotation complète du plan porteur ou d’un volet, le plus souvent pilotés par un palpeur ou trainard). Et pourtant, les AC72 n’ont pas de palpeurs, et ils volent !

Autorégulation !

Le fils de ma concierge m’a raconté qu’une personne très proche du team d’ETNZ lui aurait expliqué que ces foils en « L » s’auto réguleraient en perdant de la portance à l’approche de la surface. Donc, comme certains hydrofoils à moteurs Russes ! C’est vrai, pourquoi s’ennuyer avec des palpeurs ? Faut-il comprendre que les pilotes de Moth font exprès de se planter en faisant décrocher leur foil principal pourtant équipé d’un palpeur et d’un volet ?

Régulation manuelle

ETNZ, est équipé de foils en « S » solution qui permet de jouer sur l’inclinaison de la partie basse de l’appendice en faisant varier la profondeur. Appendice abaissé, le foil en « S », qui se termine en foil en « L » (aujourd’hui, révision de l’alphabet), devient une sorte de foil en « V », qui en se rapprochant de la surface perd de son efficacité par la diminution de la surface mouillée. Mais un équipier aurait tout de même été détaché pour régler la profondeur de la dérive/foil et donc la portance.

Oracle, était lui équipé d’un foil en « L classique ». La régulation était donc encore plus vitale. L’angle du plan porteur n’étant pas, comme sur ETNZ, régulé par la profondeur mais par l’inclinaison de l’appendice. Inclinaison rendue possible en jouant sur un léger déplacement de l’entrée de la « dérive » et de sa sortie que la jauge doit accepter (voir ici). Au début le barreur, devait piloter la hauteur de vol (en plus de la trajectoire) en manipulant des manettes positionnées à l’intérieur de la barre. Lorsque le team Oracle s’est rendu compte qu’il était plus que difficile de réussir à tout faire, un équipier a été délégué à la régulation du foil (comme sur ETNZ).

Pour lui faciliter le travail l’équipe a utilisé, pour les dernières rencontres, un système nommé «Little Herbie» développé pour les Boeing 747. Equipé d’accéléromètres, de gyroscopes et de calculateurs, Herbie permet de détecter  des variations d’assiette et de réaliser des corrections de la stabilité. Ceci avec une vitesse et une précision qui dépasse la capacité des pilotes de ligne ! Ce système n’était pas directement connecté au foil, ceci étant bien entendu interdit par la jauge. Little Herbie ne faisait qu‘indiquer à la personne en charge de la régulation le réglage à effectuer (source).

Alors, est-ce normal d’utiliser un outil qui dépasse les capacités humaines, qu’il soit connecté ou non aux foils ? Cela me rappel mes interrogations, lorsque l’Hydroptère tentait de mettre au point un système de régulation de l’angle de son plan porteur arrière (Ptites News 26 voir « Question » et Ptites news 28, voir « Rules »). Certains estimaient que ce n’était qu’un pilote automatique qui ne régulait pas la trajectoire mais la hauteur de vol. Pourquoi pas, mais ne faut-il pas limiter ce type de systèmes aux courses et records en solitaire (puisque c’est un outil indispensable qui remplace maintenant les girouettes d’antan et qui participe à la sécurité), et les interdire en équipage ?

4 – Réagir ou pas ?

Un des derniers « dossiers » de la Cup serait donc l’utilisation d’une aide à la régulation. Pourquoi ETNZ ne réclame pas ? Déjà, cela ferait mauvais joueur surtout après la performance d’Oracle et sa remontée fantastique. Bien entendu, ETNZ pourrait arguer que la remontée de 8-1 à 9-8 est liée à l’utilisation de « Little Herbie ». Mais ce serait remettre en cause le travail des jaugeurs. Et puis le team ETNZ n’est peut être pas « blanc blanc » lui aussi !

5 – Le sursaut

Il semble que le jour où Oracle n’est pas allez faire trempette, le team aurait fortement modifié le bateau : réduction de la longueur du bout dehors, quête de mat plus importante et même modification de la forme des coques à l’arrière pour tenir compte du rééquilibrage des masses ! Enfin, mise en place du fameux équipier formé chez Boeing, le petit « Herbie » (un caïd).

Alors que le team Oracle a réagit avec brio, le team ETNZ n’a semble t’il pas fait beaucoup évoluer leur AC72. C’est vrai qu’il avait écrasé la concurrence lors de la Louis Vuitton Cup. Et le fait d’aligner les victoires (jusqu’à 8-1) ne devait pas les inciter à réaliser des modifications !

6 – La suite

Je pense (peut être à tort) que les concepteurs de cette jauge n’avaient pas assez d’expérience dans la création de multicoques de pointes.

Surtout, ils n’étaient pas assez vicieux pour imaginer les possibles détournements de la jauge. Même si c’est vrai que le fait d’exploiter les failles de la jauge permet de donner naissance à des engins différents, ce qui est aussi le sel de cette compétition.

Il est pour moi souhaitable (mais j’ai des doutes sur le fait que les américains tiennent compte de mon opinion !!!) de revoir de fond en comble cette jauge !

7 – Conclusion

Merci à ceux et surtout celui avec qui j’ai échangé sur ce sujet et sans qui je n’aurai pas pu rapporter ces informations…

Voilà, maintenant c’est à vous !