La Trinité sur mer – Madère

L’aventure d’un équipage de 3 jeunes en multicoques

En 2010, j’ai eu la chance de naviguer sur Hydrofolie avec Philippe et Mathieu Laperche. Mathieu n’avait alors que 11 ans mais je pense qu’il en savait plus que moi en nav ! En écoutant radio ponton je savais que Tom Laperche, son grand frère, Mathieu et Pol Conin, souhaitaient réaliser le parcours La Trinité sur mer / Madère / La Trinité et retour  à bord d’hydrofolie. Le projet dépendant de nombreux paramètres dont la météo, je n’en avais pas parlé sur Foilers. C’est fait, ces graines de champions ont réussi leur coup. 2500 miles sans soucis ! Et pour ceux qui seraient intéressés par ce superbe bateau, il est à vendre…

La Trinité sur mer – Madère

L’aventure d’un équipage de 3 jeunes en multicoques

Par Tom et Mathieu Laperche

Hydrofolie au large du Morbihan – photo Jacques Vapillon 2006
Hydrofolie au large du Morbihan – photo Jacques Vapillon 2006
L’équipage Mathieu et Tom Laperche, Pol Conin – photo Team Hydrofolie
L’équipage Mathieu et Tom Laperche, Pol Conin – photo Team Hydrofolie

Témoignage de Tom, skipper de 17 ans

Depuis plusieurs années, j’ai pensé repartir naviguer avec Hydrofolie que je connais depuis que je suis petit. C’est avec ce trimaran que j’avais découvert le large, passais mes premières nuits en mer, faisais mes premières manches en multicoque… Ceci toujours avec papa qui m’apprenait. Il y un an, lorsque qu’il a décidé de faire la Transquadra, je lui ai dit « je prends Hydrofolie avec Mathieu et on vous suit jusqu’à Madère » C’était d’abord sur le ton de la rigolade et du rêve (je n’avais pas 16 ans) tout en sachant qu’au fond c’était faisable et que je me sentais capable. Puis cela s’est concrétisé, on a réfléchi à la façon de faire, mis des règles en places. Papa avait commencé par dire « 20-25kt fichier vous ne partez pas », Thomas Coville m’a aussi dit « si il y a du près, je t’interdis d’y aller ». Il fallait tout mettre en oeuvre sans pour autant compromettre le baccalauréat. C’était la première fois que j’avais la gestion complète d’un bateau au large, et en plus d’un multicoque. C’est seulement pendant la traversé que je me suis rendu compte de la confiance que l’on me faisait, et que j’ai pris conscience de la responsabilité que j’avais. J’ai dû prendre les bonnes décisions pour amener le trimaran jusqu’à Madère. Ça n’a pas toujours été facile mais c’est dans ces moments là que j’ai appris. J’en tire donc un super enrichissement dans tous les domaines et j’ai surtout vécu des grands moments de plaisir, à glisser en toute liberté, c’est cela que l’on vient chercher en faisant du multicoque !!

Tom Laperche – photo Team Hydrofolie
Tom Laperche – photo Team Hydrofolie

Récit de Mathieu, équipier de 15 ans

Tout a commencé en Juillet 2013 lors de l’annonce de la participation de papa à la Transquadra en SUN FAST 3600. Tom m’a tout de suite dit « et si on prenait Hydrofolie pour les suivre jusqu’à Madère. Quelle belle occasion de re naviguer sur ce magnifique trimaran ! ». Puis, nous en avons un peu discuté même si, tout s’est fait très vite. Nous avons ensuite commencé les travaux de réparation et de remise en forme du bateau. Hydrofolie est retourné à l’eau début juillet puis, nous avons continué la préparation de l’accastillage et de l’électronique tels que l’AIS, le Pilote, la VHF, ou l’IRIDIUM, éléments qui sont indispensables pour une bonne sécurité au large et une bonne communication avec la terre. Pour tout ce matériel, nous avons été aidés par l’entreprise Plastimo et par des amis. Après toute cette préparation, nous avons commencé à naviguer. Nous avions seulement 15 jours pour valider, tester, et prendre le bateau en main. Durant ces deux semaines nous avons répété les entrainements tous les 3 en baie de Quiberon et effectué toutes les manoeuvres nécessaires pour une bonne maitrise du bateau : prise de ris, envoi des différentes voiles d’avant, bascule du mât, foil…

Le départ de La Trinité – photo Team Hydrofolie
Le départ de La Trinité – photo Team Hydrofolie
Tom et Mathieu – photo Pol Conin
Tom et Mathieu – photo Pol Conin

Lorsque nous avons quitté la Trinité sur Mer le dimanche 27 juillet au matin, il y avait un mélange d’émotion et d’excitation ou d’appréhension, je ne sais pas trop… Même si nous avions tous beaucoup navigué, il fallait savoir gérer le bateau et nous même pour ne pas nous mettre en difficulté. Nous avions eu de bonnes consignes et conseils avant le départ, notamment de la part de Thomas Coville, qui veille sur nous amicalement. Nous partagions le même ponton, il ne manquait pas de s’arrêter pour nous saluer et nous rappeler notre objectif : « c’est une aventure sans objectifs de compétition où vous partez pour apprendre, prendre de bonnes décisions et vous faire plaisir. » Il nous avait également parlé de « l’humain » entre nous qui pouvait être difficile à gérer. Durant la traversée nous avons vraiment appris à gérer, l’autonomie, la gestion d’un bateau et l’anticipation.

Pol récupère – photo Team Hydrofolie
Pol récupère – photo Team Hydrofolie

Quelques heures après le départ, au large de Belle ile, nous avions déjà pris nos marques du large, organisé les quarts, mangé, dormi un peu pour toujours être au top ! Lorsque le vent montait nous avons toujours su anticiper, réduire la toile avant que cela ne devienne trop difficile mais aussi pour ne pas prendre de risques avec le bateau. Nous bénéficions également de bons conseils et analyses météo apportés par Dominique Conin qui faisait notre routage. Cela nous a permis de faire cette traversée dans des conditions ventées mais pas difficiles. Il nous a notamment fait faire un décalage dans l’ouest pour passer à plus de 200 milles du Cap Finisterre et ne pas avoir du vent et de la mer trop forts. Nous avons eu maximum 30-35 kts mais jamais moins de 10 kts de vent. Cette traversée théorique de 1100 milles, qui pour nous a été de 1450 milles était rapide, nous avons mis 6 jours et demi, à une vitesse moyenne d’un peu plus de 9 kts, avec des pointes à 23 kts. Les journées en mer se sont enchainées rapidement car il y avait toujours quelque chose à faire entre la veille, dormir, manger, regarder l’horizon, le bricolage quotidien…De plus pendant la journée nous barrions beaucoup. Les combinaisons sèches prêtées par l’entreprise finlandaise Ursuit nous permettaient de profiter pleinement des magnifiques surfs à 18-22 kts que nous offrait ce magnifique trimaran blanc.

Arrivée à Madère – photo Team Hydrofolie
Arrivée à Madère – photo Team Hydrofolie

Lorsque nous sommes arrivés à Madère, notre stop n’a été de seulement 24 heures ! Juste le temps de prendre une douche, de retrouver papa qui venait de finir la Transquadra en double, et de débarquer Pol qui allait visiter Madère à notre place et rentrait en avion. Nous devions faire vite pour pouvoir profiter des vents de sud qui nous permettaient de rentrer au portant. Quelle chance ! Décidément pas de repos pour nous ni pour Hydrofolie qui fêtait ses 35 ans à cette occasion. J’étais très heureux de partager cette superbe aventure humaine et sportive avec mon frère Tom ainsi qu’avec Pol. Nous avons beaucoup appris et pris beaucoup de plaisir.

Pol, Mathieu et Tom Laperche à Madère – photo Team Hydrofolie
Pol, Mathieu et Tom Laperche à Madère – photo Team Hydrofolie

La route

Route aller en vert et retour sur Maxsea
Route aller en vert et retour sur Maxsea

Remerciements

Nous remercions tous ceux qui nous ont aidé, soutenu, avant et pendant ce projet, et tout particulièrement :

  • URSUIT et Mariana pour le prêt de leurs combinaisons sèches indispensables sur le trajet retour,
  • Plastimo et Cathy Milien pour leur aide et conseils techniques de sécurité
  • Philippe Bobet, pour le prêt de son Iridium nous permettant de communiquer avec la Terre,
  • Charlie Capelle, pour sa gentillesse, son oeil vigilent à notre égard, son aide et ses conseils,
  • Olivier Servetaz, pour la préparation d’un nouveau gréement dormant,
  • Carmen Bouchard, pour la fabrication d’un nouveau Lazy Bag,
  • Thomas Coville, pour la définition des objectifs de cette traversée lors de nos discussions avant le départ,
  • Bruno Dubois à l’initiative de la course de papa.

Enfin ce projet n’a été possible que grâce aux analyses météos quotidiennes de Dominique Conin et surtout grâce à la confiance de Papa et Maman.

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L’Hydroptère et l’histoire des hydrofoils, le vol

Pour les passionnés de l’histoire des engins à hydrofoils, voici un lien vers un article du Point.fr consacré aux hydrofoils à voiles. Cet article traite de l’histoire de l’Hydroptère et tente de récapituler l’histoire des pionniers des hydrofoils à voile. Il a été réalisé, entre autre, à partir d’articles parus sur ce blog :

Quelques erreurs se sont glissées dans cet article, voici celles que j’ai relevées :

  • Le sous titre parle de « catamarans volants » pour évoquer l’Hydroptère qui est un trimaran. De plus, c’est réducteur puisque sur 174 voiliers à hydrofoils réalisés depuis 1913, 48 étaient des trimarans, 42 des catamarans et le reste des mono, tripodes, praos…
  • Il n’a pas fallu un siècle de recherches pour voler correctement. En 1955 Monitor volait de façon très stable et bien d’autres engins ensuite. Le terme de « quasi perfection » est utilisé pour parler le l’Hydroptère, je ne pense pas que l’on puisse dire cela.
  • Le premier brevet connu n’est pas celui des frètes McIntyre en 1920, mais sûrement celui du français Emmanuel Farcot en 1869.
  • Ce n’est pas R.R. Gilruth qui expliqua la tête incrédule des premiers spectateurs de Catafoil en vol mais son équipier W. Rockefeller.
  • Le « mur des 50 nœuds battu en 2008 » cité dans cet article, n’était qu’une pointe à 56,31 nœuds. Avant l’Hydroptère d’autres engins, comme des kites, ont surement dépassé les 50 nœuds en pointe. Le record sur 500 m de l’Hydroptère, avec une vitesse supérieure à 50 nœuds, date du 04 septembre 2009 avec une vitesse de 51,36 nœuds.
  • Ce n’est pas en 1968 et sur Pen Duick IV qu’Eric Tabarly (équipé d’Eric Bourhis et de Georges Calvé), a battu le record de l’Atlantique. C’est en 1980, sur Paul Ricard.
  • Sauf erreur de ma part, l’Hydroptère n’est pas « secondé par tout un arsenal d’appareils électroniques » même s’il est bien équipé de nombreux capteurs de charge. Les projets de mise en place de capteur de hauteur de vol évoqués dans mon article « L’Hydroptère DCNS, dernière sortie » avant le Pacifique » n’ont pas été menés à leur terme suite à l’arrêt du sponsoring de DCNS à qui appartenait la filiale spécialisée dans ce type de mesures.
  • Paul Ricard n’était pas une pale copie du prototype d’hydrofoil au 1/3  c’était un autre type de voilier : un foiler. Il n’avait pas pour but de décoller, même pas « partiellement ».
  • Si on veut évoquer la mise sur le marché de modèles d’hydrofoils de petite taille (par rapport à l’Hydroptère), avant le Flying Phantom il faut parler du Trifoiler et du Windrider Rave.

Ce que cet article m’a appris :

  • Internet est vraiment un outil formidable pour réaliser des articles, c’est un vivier d’informations aussi utilisées par de grands organes de presse qui visitent de petits blogs.
Pen Duick IV vs Williwaw F Monsonnec 12-2012
Pen Duick IV vs Williwaw F Monsonnec 12-2012
  • J’ai découvert mon dessin « Pen Duick IV vs Williwaw » dans cet article du Point.fr. Il m’arrive d’utiliser des images d’autres sites mais je place en dessous l’origine et j’essaye, si possible, de demander l’autorisation. Le Point.fr va plus loin en ce qui concerne leurs images. Leurs conditions générales d’utilisation stipulent qu’il est interdit d’utiliser des éléments de texte ou les images de ce site sans autorisation préalable. Fort de cet exemple de politique de protection des données, j’ai souhaité échanger sur ce sujet avec le Point.fr. Malgré les différents systèmes de mise en relation présents sur Internet, il m’a fallu 15 jours et 7 messages envoyés par 9 canaux ou adresses différentes avant d’obtenir une réponse… J’ai demandé  que ce dessin soit retiré…

Bonne lecture…