Air Chair pur beurre (salé et Breton)

Nous évoquions il a 2/3 mois sur ce blog les Air Chairs et autres Surfs à foils. J’ai eu la chance il y a quelques mois, lors de la préparation d’une « possible opération de sauvegarde du patrimoine voilistique mondiale » (!) de visiter le chantier d’Antoine Carmichaël.

Antoine Carmichaël est le génial concepteur avec Marc Lombard des Pabouks. Voiliers à la philosophie à l’opposé des engins légers et volants qui nous font rêver. Mais je vous recommande de visiter le site des Pabouks, voiliers au combien esthétiques, marins et bourrés d’astuces (lest liquide, gréement hyper sécurisant malgré sa surface)…

Lors de cette visite dans la «Vallée de fous» (Port La Forêt, berceau des Desjoyaux, Jourdain, Le Cam, Riou…), j’ai pu admirer chez Antoine, un proto d’Air Chair dont je vous joins les photos.

Lecteurs de Foilers à vos meuleuses, perceuses… Oui avec la foi et des idées il est possible de développer de la portance, de se faire plaisir et de créer son propre engin (si vous en doutiez)…

Proto Air Chair « chez A Carmichaël », vue d’ensemble - Photo FM 15-11-08
Proto Air Chair "chez A Carmichaël", vue d’ensemble - Photo FM 15-11-08
Proto Air Chair « chez A Carmichaël », foil - Photo FM 15-11-08
Proto Air Chair "chez A Carmichaël", foil - Photo FM 15-11-08

« Ca ne vole pas, mais ça a de grands foils ! », la suite !

L’article sur Banque Populaire 5 publié le 29 août a été suivi de nombreux échanges (à ma grande surprise !). Clément Tournade, technicien polyvalent plus particulièrement en charge du matelotage dans le Team BP, est l’un de ceux qui a réagit. Dans cet article je m’excusais de l’absence de photos précises (le bateau était difficilement approchable). Clément m’a donc très gentiment proposé de visiter la bête. Proposition que je ne pouvais bien évidemment pas refuser ! Mi novembre, j’ai donc eu la chance de monter à bord du géant. Confidentialité oblige, je n’ai pu prendre que quelques photos et je ne m’étendrai pas sur certains détails …

Le matelotage étant la spécialité de Clément, j’ai eu droit à une très intéressante revue du matelotage sur BP5. Sur un bateau de cette taille, où beaucoup de fixations sont en textile, où  les pièces s’usent rapidement et où énormément de fixations doivent être doublées par sécurité, le matelotage est une activité très importante.

Petit rappel

Les foils de BP5 ne sont « que des foils d’appoint ». Mais ils sont sûrement, après ceux de l’Hydroptère, les plus gros au monde (sur un bateau à voile). C’est en tout cas ce que j’écrivais fin août. Mais je serai curieux de savoir si les foils du trimaran DoGzilla/BMW Oracle (90 pieds / 27.5 m), sont plus petits ou non que ceux de BP5. D’après ce que j’ai pu lire ou entendre, il est difficile de réaliser des foils de ce type,plus grands que ceux de BP5. Les foils de ces maxi étant, à priori, proportionnellement moins grands que ceux qui équipent les 60 pieds Orma. Rien n’empèche donc DoGzilla/BMW Oracle d’avoir des foils aussi grands que ceux de BP5. Surtout que BP5 est prévu pour un programme tour du monde, alors que DoGzilla/BMW Oracle est presque un dayboat ! Bien entendu, les foils de l’Hydroptère sont plus grands, mais l’architecture de ce bateau, sa construction et son programme sont différents de ceux de BP5 & DoGzilla.

Quelques informations complémentaires et remarques sur les foils de BP 5

Profil

Le profil du foil est asymétrique et semble proche d’un profil de la série Naca 64A … Le petit bulbe visible près du bord d’attaque cache un système Wifi qui permet de renvoyer au cockpit, ou dans la coque centrale, les valeurs du ou des capteurs de charge incorporés au foil.

Profil foil babord BP V – FM Lorient 11-08
Profil foil babord BP V – FM Lorient 11-08

Angle d’incidence

Le puis de foil est équipé d’un calage bas et haut (pièce blanche et noire) qui sont montés sur des rails. Un recul ou une avance des foils (quelques cm) est donc possible. Mais surtout, un recul de la cale haute et une avance de la cale basse, permet d’augmenter l’incidence du foil (surtout dans la partie basse qui est presque horizontale lorsque le foil est baissé entièrement). Le foil dans sa cale semble avoir une incidence se proche de 4° (voir photo ci-dessus). Le mouvement des cales permet d’augmenter ou de diminuer cet angle…

Calage haut foil babord BP V – FM Lorient 11-08
Calage haut foil babord BP V – FM Lorient 11-08

Winglet

La présence de winglet, comme sur de nombreux 60 pieds, permet d’augmenter la surface antidérive, mais surtout de diminuer les effet de vortex en bas de foil. Vortex liés à la différence de pression entre l’intrados et l’extrados. Ce winglet rend le retrait et la mise en place du foil compliqué. En effet, cela ne peut se faire que par le dessous du flotteur. Vu le poids de la bête (250 kg mini) et l’ajustement du puis, cela augure de bons moments.

J’en profite pour vous conseiller le site de Christian Hugues et de son système de diminution des vortex « MINIX », à voir…

Winglet foil tribord BP V – FM Lorient 11-08
Winglet foil tribord BP V – FM Lorient 11-08

Actuellement, Banque Populaire est en révision générale, après 1000 milles de navigation. Il a été démâté et va être révisé et amélioré. Il sera ensuite en stand by à partir de janvier 2009 pour le record Cadix/San Salvador (actuellement détenu par Groupama III, 31.5 m en 7 j 10 h 58 mn 53 s).

Objectif 100, l’avis de Jean Marie Finot !

Mi septembre, je vous proposais de réaliser un voyage dans les années 80 à la découverte ou la redécouverte d’un engin exceptionnel : Objectif 100.

Malgré une documentation patiemment compilée au fil des années, cet article comportait quelques erreurs. Je me permettais aussi, peut être à tort, d’essayer de vous donner mon point de vu sur certains éléments de cette aventure.

Heureusement, ce qu’il y a de formidable avec un blog, c’est qu’il permet aux lecteurs d’intervenir et si besoin de corriger certains points. Et qui mieux que l’architecte d’Objectif 100 aurait pu corriger cet article ? Jean Marie Finot a répondu à « Foilers » ! Un grand merci à lui pour avoir prit le temps de nous écrire.

//www.open500.org
Jean Marie Finot - Site http://www.open500.org

Voici donc son message :

A Foilers !
Le blog des bateaux volants

Bravo pour l’article d’Objectif 100, voici les éléments pour corriger en conséquence votre blog.

Il est clair que, lorsque j’ai imaginé objectif 100 (en 1076), c’était à la suite de l’observation des planches à voile avec le planchiste en sustentation, avec la réflexion et le souvenir des raisonnements et du projet (en maquette) de Bernard Smith.

Tous, nous arrivons à la conclusion qu’un voilier est essentiellement le couple d’une voile dans l’air et d’une voile dans l’eau.
Ce qui fait que le voilier avec plan de dérive est une vraie invention humaine qui n’existe pas dans la nature;

Je tiens à préciser certains éléments, certains faits.

Rhône Poulenc s’est engagé pour soutenir ce projet pendant 4 ans.
Lionel Péan a géré et participé au projet sur le plan technique et médiatique pendant 3 ans. Le groupe Finot a repris la 4eme année la gestion et le développement technique mais sans médiatisation.

Nous avons construit au total
– 2 grands bateaux long. du bateau long. Aile
8m 10m
– 1 mini objectif 100 6m 8m

Le bateau atteint plusieurs fois à Hyères et en baie de Quiberon (ENV) la vitesse de 30 nœuds avec Lionel Péan, Pascal Conq.

L’expérience a été positive sur le plan médiatique, elle a permis de sensibiliser le public à l’aspect écologique de la voile.

Pour nous, elle a été aussi très positive :
Pendant 4 ans, nous avons pu apprendre à maîtriser la fibre de carbone, en connaissance technique, en conception de pièce, en mise en œuvre.
L’engin tel qu’il est n’est pensable qu’avec l’utilisation du carbone, en particulier le T800 (haute résistance, modèle intermédiaire).
Nos succès dans le Vendée Globe (4 fois des bateaux vainqueurs) en sont une retombée.
Merci à tous les sponsors, fabricants, chercheurs connus qui nous ont soutenus dans cette voie.

Notre connaissance des foils s’est ainsi beaucoup affermie.

Foils subcavitants 0 – 40 nœuds finesse 10 – 30
Foils semi-cavitants 30 – 60 nœuds finesse 10 – 12
Foils complètement cavitants 40 nœuds finesse 6 – 8

Avec un bateau qui traverse les vagues, il nous a semblé nécessaire de gérer le déplacement du bateau en temps réel car si on veut être performant, il faut être instable ou proche de l’instabilité, comme un vélo, un bipède, une planche à voile, certains avions….
Cela suppose de gérer cette instabilité, l’usage d’une gestion active par ordinateur était donc nécessaire.

La meilleure finesse des foils est obtenue, par exemple, dans une plage de 2°; d’où la nécessité de gérer en permanence cette incidence en fonction de l’angle avec le flux d’eau, les vagues.

En fait, en mer plate, nous nous sommes aperçus que l’engin avait une certaine plage d’auto-stabilité.
Pour cette raison, après les 2 premiers gros engins, nous en avons fait un petit, 60 Kg au total, pour avoir beaucoup de souplesse d’emploi.

Pourquoi des résultats si limités?
Au début, il a été décidé d’obtenir non seulement un résultat technique mais aussi un résultat médiatique, il fallait donc que l’engin soit toujours en bon état pour naviguer, cela n’incite pas à multiplier les navigations car après chaque essai il faut réparer quelque chose.
De plus, les premiers engins étaient lourds et dissymétriques (pour apprendre à naviguer).
Lorsque l’on a traversé le plan d’eau avec une vitesse de 20 à 30 nœuds, il faut retourner au point de départ en le remorquant à 3 ou 4 nœuds.
Le nombre de run dans une journée est limité.
Pour cette raison nous avons construit un engin plus petit.

Pour progresser, il faut beaucoup naviguer, beaucoup casser, beaucoup modifier, mettre au point. Il faut plusieurs équipes, plusieurs navigateurs, une émulation …
C’est la raison pour laquelle les planches à voile ont tant progressé.

Pour continuer l’expérience qui ne s’est jamais révélée négative, il faut un minimum de :

– 2 techniciens constructeurs, réparateurs
– 1 ingénieur pour calculer, dessiner, au besoin gérer les achats, dépenses, logistique
– Plusieurs navigateurs

Les navigateurs peuvent être en partie bénévoles, mais la nécessité d’un vent d’au moins 20 nœuds (30 à 50% du temps) demande une présence et une disponibilité importante, ceci dans des régions éloignées (Roussillon, Corse)
Ce développement demande encore environ 4 ans avec un budget technique annuel de 300 000 à 500 000 euros.

Nous sommes à la disposition de toute équipe qui s’y intéresse pour transmettre nos expériences, connaissances, et collaborer.

Que sont devenus les bateaux ?
Le 1er n’est pas utilisable.
Il est entreposé à Bordeaux ; nous cherchons d’ailleurs quelqu’un pour le prendre en charge et le remorquer car il encombre l’entrepôt d’un ami.
Le 2eme est sur notre parking, à Vannes (après avoir été à l’ENV).
Le mini est dans un hangar.
Le 2ème demande pas mal de travail pour renaviguer.
Le mini peut naviguer après quelques modifications (1 à 2 mois de travail pour 1 ou2 personnes).

Nous avons préparé un article sur les foils (pour le public non averti), nous vous le transmettrons dès qu’il sera publié par ailleurs.

Bravo encore pour votre travail !

Pour ceux qui ne connaissent pas bien le travail de Jean Marie Finot, je vous conseil de visiter le site du cabinet Finot-Conq et je rajoute juste une info. : 4 des 5 bateaux qui ont  gagné le Vendée Globe, ont été dessinés par le cabinet Finot-Conq !