Visite de l’Hydroptère

Durant sa tournée de représentation, j’ai été invité, par l’entreprise ayant instrumenté l’Hydroptère et l’Hydroptère.ch, à une petite visite. Le bateau était de passage sur Bordeaux, ou il y avait ce jour-là un salon du vin (avec un stand Lanson, un des sponsors).

Je ne reviendrai pas sur le bateau de manière générale, qui est bien décrit dans une foultitude d’articles, mais plus sur certains points particuliers.

L'hydroptère à Bordeaux - photo XL

Sur deux pattes

La navigation sur un seul foil : C’est une phase transitoire, néanmoins stable. Lorsqu’il n’y a pas assez de vent pour foiler, l’équipage descend seulement le foil sous le vent. Il arrive (lors d’une risée par ex) que le bateau décolle alors.

Asservissement en prespective

Ce qui nous amène au point suivant : le bateau étant généralement en appui sur le foil sous le vent et sur le plan porteur arrière, la droite reliant ces 2 appuis est à 45° de la direction de marche. Un peu comme un char à voile qui lève une roue.

Plan porteur arrière - photo XL

Ceci fait que lorsque le bateau loffe, il cabre, et pique du nez lors d’une abatée.

Rajoutez à ça que de manière générale, au près, le bateau à tendance à cabrer, et à piquer au portant (à cause de la poussée vélique qui change de direction).

Vous obtenez un système assez instable, qui doit être régulé. Actuellement, c’est le pilote, qui en plus de disposer de la barre et d’une pédale permettant de relâcher l’écoute de GV, a  sur le côté droit un petit joystick activant un moteur ¼ de tour qui lui-même modifie l’incidence du plan porteur arrière via un système vis sans fin/écrou.

Le team veut asservir par automatisme ce dispositif, afin de garantir l’assiette. Cette équipe, qui avait tout misé sur la stabilité mécanique, et avait toujours refusé tout asservissement (par palpeur mécanique ou par électronique), afin d’avoir une fiabilité permettant des nav’ océaniques, s’y est donc résolue.

Avec prudence néanmoins, puisque ce système sera débranchable à tout moment, avec un « mode dégradé » (le mode actuel). De plus, du fait de leurs configurations avec 2 safrans, le .ch et le maxi n’auront pas besoin de ce dispositif.

Plan porteur arrière

Quels sont les efforts sur le plan porteur arrière ? 4 tonnes vers le bas à haute vitesse. Portance positive à faible vitesse. Selon le copilote (Jérémy), l’assiette à piquer qu’a alors en permanence le bateau est très impressionnante (impression, lorsque le bateau pique pour accélérer après avoir déjaugé, que les étraves vont planter et que le front flip est pas loin).

Cette déportance est cruciale à haute vitesse, et l’apparition de la cavitation sur le plan porteur arrière est un des points les plus critiques, le second point le plus critique étant le winglet (permettant l’antidérive) du foil sous le vent.

Cavitation

Justement, quelle est la max speed avec foils de vitesse ? 57.98nds lors du run de record. Vitesse à ne pas dépasser : 57nds, à laquelle les premières bulles apparaissent.

Puisque l’on parle des foils du record, les fences qui initialement avaient été retirées, ont très vites été remises. Elles sont absolument indispensables selon l’équipe.

Les foils du record n’étaient pas supercavitants. Ils étaient justes fins (épaisseur relative faible) avec un rayon de bord d’attaque faible. Foils très peu tolérants et inefficaces aux faibles vitesses.

A haute vitesse

Vitesse à partir de laquelle la balade s’arrête et ou ça devient sérieux : 40-45nds.

Ecréteurs

Ecréteur tribord - photo XL

Les écréteurs, chers à F.M. Ils viennent bien du train du Rafale. On le voit d’ailleurs à la conception du compas (pièce qui empêche le piston de tourner dans le cylindre). Chaque écréteur est instrumenté, et c’est bien cette mesure qui est répétée sur l’écran principal de l’ingénieur présent dans la coque. Les différentes lignes de cet écran sont :

-en abscisse le temps

-en ordonnée : vent réel, vitesse bateau, effort contre fiche foil bâbord et tribord, et il devait y en avoir deux ou trois autres, ça devait être genre des haubans et peut être les bras.

Il y a en tout 40 ensembles de jauges de contraintes. Pour la petite histoire, lors du dernier chavirage, 38 capteurs ont survécus sans dommage, malgré de l’eau qui était rentré notamment dans le carénage (au bord de fuite du bras) accueillant les boitiers.

Dès que les contraintes dépassent un seuil critique, ou que l’ingé le décide, une LED rouge clignote dans le poste de pilotage et donne l’ordre aux marins de lever le pied. Il dispose aussi d’un « panic button » qui lorsqu’il est pressé, permet de relâcher l’hydraulique de  l’écoute de GV. Les marins n’ont plus qu’à mouliner du café durant quelques minutes pour repressuriser les accus hydrauliques, ce qui calme les ardeurs !

Le ressort à gaz (« gonflé » grâce à une bouteille d’azote, située dans un coffre derrière le bras, proche du pilote et à côté du boitier précédemment décrit) du foil sous le vent reprend en vol stabilisé 20t. L’écréteur se déclenche, durant quelques millisecondes, à partir de 30t (soit 50% de surcharge)  et absorbe tout jusqu’à, il me semble, 70t.

La course semble assez faible, ce qui colle avec le temps très court des surcharges.

Part des écréteurs dans le « succès » de l’hydroptère : cruciale. Ils sont absolument nécessaires pour la performance.

Les obstacles

Le fameux système de détection d’OFNI. Il n’existe pas à l’heure actuelle. L’équipe ne compte pas en développer, mais plutôt attendre les retours d’autres coureurs.  Du fait des partenariats (EADS, etc), le plan est d’utiliser celui que le 60’ Safran utilise, mis au point entre autre par MBDA si je ne m’abuse. Le principe est « simple », on prend une caméra infrarouge (issue d’une tête autodirectrice de guidage de missile), on la monte en tête de mat (sur plate-forme stabilisée par gyroscopes) et on repère les obstacles. Actuellement, ça marche pour les growlers (fort contraste thermique…) mais la sensibilité devrait fortement progresser.

Programme à suivre

L’Hydroptère devrait bien courir la Transpac (Los Angeles-Honolulu), selon les membres présents « le seul record océanique à portée du bateau ».

Masse et performances

Masse du bateau : 6t à vide, auxquelles il faut rajouter 2t : 800 kg de ballast, le reste en « bonhommes » et équipement. Le bateau décolle dès 11nds de vent, avec 15nds de vitesse eau. Le maximum d’efficacité est entre 15 et 18 nds de vent réel, avec un facteur de 2.5 environ.

Conception générale

L’architecture du bateau est assez surprenante. Notamment le fait que les bras soient articulés (montage en pivot avec des chapes) avec une contre-fiche inférieure (qui touche l’eau au repos), et non les bras encastrés que l’on a l’habitude de voir sur les multis. Chaque pièce sent l’aéro à plein nez, pleins de détails (poches, épaisseurs variables,…) montrent une forte habitude de la chasse au gramme de la part des dessinateurs.

Sources de traînée aéro

La traînée aéro : Le carénage des bras a apporté « peanuts ». Le plus gênant, c’est les filets. Il a été envisagé de caréner le poste de pilotage et les 9 personnes qui sont sur le bras.

Les reproches de l’équipe se portaient plus sur le vieux mat (celui prévu pour la vitesse ayant cassé lors du chavirage), qui « traîne un max ».

Le "vieux" mât-aile - photo XL

Vous avez dit bidromique ?

Lors des records de vitesse, l’Hydroptère était totalement symétrique, les runs ont d’ailleurs été effectués sur les 2 amures. Le bateau n’a pas toujours été symétrique dans le passé (je ne me souviens plus quelles pièces étaient concernées).

Les concurrents…

Que pensent-ils de Sailrocket? « On espère qu’ils vont pas se faire mal, mais s’ils réussissent à maîtriser l’hypercavitation, ils seront très rapides ».

Hydroptère.SA

Dernier point, qui ne concerne pas la technique : Hydroptère est en fait maintenant une SA « à but plus ou moins lucrative » et avec sponsors (drôle de mariage non ?). Une des sources de bénéfice serait le monnayage d’expertise (notamment la forme à donner aux bouts de pales des hydroliennes pour qu’elles ne cavitent pas).

Merci à toute l’équipe de l’Hydroptère pour nous avoir reçus, ainsi qu’à HBM pour la formidable occasion de pouvoir voir ce bateau, accompagné de réponses techniques pointues.

C'était parait-il la première navigation fluviale - photo XL

Ptites News 18

A – Trifoiler

Article…

Certains s’attendaient à trouver la suite de l’article « Greg Ketterman – La saga du concept Trifoiler 1/2 ». Et bien non. J’ai ouvert la boite à Ptites news et j’ai trouvé que la température baissait, les news commençaient à refroidir (si tout pouvait refroidir…). Alors j’ai fait un choix ! mais je commence tout de même par des petites informations sur un Trifoiler à vendre.

Un Trifoiler à 3000 €

Mon ami Gabriel Terrasse m’a signalé cette annonce qui était déjà parue au mois de décembre 2010 à 4000 € ! J’en avais parlé dans la « Ptites News N°16 ». Est ce qu’en juin, il sera à 2000 € ? Gabriel m’a aussi signalé, il y a quelques semaines, un Rave à 3000€ sur Le bon coin. A choisir, même s’il est plus difficile à gérer qu’un Rave, je choisis ce Trifoiler !

Photo de l’annonce, même si le bateau en photo n'est pas celui à vendre !

B – Multicoques

MOD70

Ils commencent à sortir des hangars, pas très loin de mon terrier. Mais cela ne me passionne pas ! J’ai honte, j’étais sur place lors du baptême avec mon appareil photo et rien. J’ai préféré refaire le monde (des voiliers) avec des amis ! Les trimarans de 60 pieds étaient devenus presque des monotypes, ce qui les a tués (avec l’inflation des budgets, la fragilité…). Cette nouvelle classe est-elle une simple évolution vouée à suivre la même voie ? Je demande, avec force, le droit de passer pour un grincheux ringard qui s’est trompé (un nostalgique des anciens multi, d’où son appartenance aux Golden Oldies Multihulls). Rendez-vous dans 1 an… ?

 

Mod 70 Race for water – photo F Monsonnec 03-05-11

Multicoques, quand le Léman inspire la technologie

Info. en provenance de la Suisse, de notre cher Philippe Guglielmetti. Du 31 mars au 18 décembre, face au port de plaisance de Nyon en Suisse, vous pourrez découvrir une exposition dédiée aux apports des navigateurs et chantiers Suisse au monde des multicoques.

Nemo

Philippe Montjoyeux, avec qui j’ai eu l’occasion d’échanger lorsqu’il a fait installer des foils sur son Echo 36, m’a envoyé ces différents liens sur le foiler Némo. Je connaissais le projet d’origine, à l’époque d’une longueur de 28 m et qui devait être réalisé par l’école du bois de Nantes. Ce bateau semble mesurer 9 m de long pour 13 de large. J’ai essayé de prendre contact avec l’équipe, mais pour le moment, sans succès… Vidéo 1, Vidéo 2, Vidéo 3.

C – l’Hydroptère

Alain Thébault

On l’apprécie, ou pas, mais il ne laisse par indifférent, Alain Thébault à dorénavant son site internet.

L’Hydroptère au Grand Prix Guyader de Douarnenez du 28 avril au 15 mai

A confirmer, mais l’Hydroptère semble attendu à « Douarn »

L’Hydroptère à l’eau à Lorient

L’Hydroptère est de nouveau à l’eau depuis le 29 mars et amarré au pied de la cité de la voile Eric Tabarly. Je n’ai pas noté de changement particulier (mais j’avais juste le temps de faire quelques photos, elles peuvent être agrandies). A noter peut être le système de fixation des foils relevés. Je ne sais pas si ce dispositif était en place auparavant . Il l’était sur la photo du jeu mis en place par Xavier « Jeu Foilers 13 » (photo prise à Cowes).

 

l'Hydroptere Lorient Cité de la Voile Eric Tabarly - photo F Monsonnec 03-05-11
l'Hydroptere foil trib - photo F Monsonnec 03-05-11
l'Hydroptere cockpit - photo F Monsonnec 03-05-11
l'Hydroptere safran - photo F Monsonnec 03-05-11

D – America’s cup

ODK dans le coup !

(Oh est les bonnes celle là !)

François m’a fait suivre un lien du Télégramme où ODK révèle qu’il est en cheville avec le team de Stéphane Kandler.

AC 45

Belle vidéo de 4 AC45 en « formation », pfff, wahhhh

33 ème l’Ameca’s Cup

Les photos inédites de la 33 ème Ameca’s Cup vu du côté BMW Oracle…  A voir.

E – Planches à foils

Article

Un article de Windsurfjournal sur l’avenir des foils sur PAV

AFS one suite

Le prototype n°2 navigue à Dakklha au Maroc, évolution du proto vu au Nautic et présenté sur foilers

F – Et puis aussi

Tomahawk

J’avais oublié d’en parler lors de sa sortie, voici le Tomahawk d’Ovington

Seabreacher

Vous l’avez sûrement déjà vue, pour ceux qui seraient tombés dans une faille du web, voici une vidéo intéressante du Seabreacher. Je me pose juste une question sur la finalité de l’engin : engin de loisirs, proto démontrant un savoir faire, pure création artistique et technique… ! Mais c’est beau et impressionnant.

EkranoYacht

Ce n’est qu’un projet d’étudiant soumis à un concours de design Australien 2011, dans l’absolu, cet Ekrano Yacht de 36.5m serait capable de vitesses jusqu’à 400km/h en volant à quatre mètres au-dessus de l’eau… Pour ceux qui aiment le design, je recommande ce site où il est possible de voir quelques belles réalisations

Folie Russe

J’en ai rêvé, lorsque mon 470 était devant chez mes parents sur sa remorque, ils l’ont fait !

Expo. « Les voiliers volants », suite…

Du nouveau à la Cité de la Voile Eric Tabarly (Lorient)

Cité de la voile Eric Tabarly – photo FM 03-2010

Nouvelle pièce !

Dans mon article « Expo. Les voiliers volants », je laissais entendre que lors de l’inauguration de cette exposition, une nouvelle pièce serait ajoutée. Je peux maintenant vous en dire plus. Dans le hall de la Cité de la voile, « trône » le prototype utilisé en 1976 par Eric Tabarly. Bateau, dont j’ai eu l’occasion de vous parler dans mes articles « Le petit hydroptère d’ET » et « Le petit hydroptère d’ET, suite ». Je peux d’autant plus facilement vous en parler que je suis, avec Mariannick Buffard de l’Association Eric Tabarly, à l’origine du remontage de la plateforme. Le projet à démarré aux alentours du mois de mai 2009 lors du lancement du projet d’exposition temporaire. Il est passé à la vitesse supérieure, en septembre 2009. Ce qui n’était au départ qu’un rêve, s’est transformé en une belle aventure qui nous à fait :

  • descendre en Vendée récupérer des éléments manquants
  • rencontrer Jean Garnault, le concepteur et constructeur,
  • chercher une coque en Suisse et rencontrer le Dr Goulu,
  • concevoir le schéma de principe du ber,
  • réaliser les pièces manquantes d’après photos et vidéos,
  • remonter et démonter un certain nombre de fois chaque élément du puzzle,
  • écrire les textes de l’expo,
  • monter l’engin à 4.5m de haut (question de sécurité)

J’aurai, je pense, l’occasion de vous raconter cette histoire par épisodes sur « Foilers ! »…

Prototype d’hydrofoil testé par Eric Tabarly en 1976 refit 2010 - photo FM 03-2010

Nous espérons, Mariannick et moi, avoir respecté le plus possible le travail de ceux qui ont fait naître cet hydrofoil. Nous avons terminé le remontage du bateau et reçu le ber, juste à temps, le mardi 16 mars (pour une inauguration le 18). Cette mini exposition, scénographiée par Pierre Verger (prototype, maquette au 1/20 testée sur un lac, revues, photos…), permettra de compléter l’expo. réalisée par l’Harmatan ou l’on peut trouver beaucoup d’informations  sur l’Hydroptère .

Ce prototype est prévu pour être exposé à la Cité jusqu’à fin 2010. Et en 2011 ? Les pièces, prêtées à l’association, appartiennent toujours à Jean Garnault. Peut être arriverons nous un jour à terminer le travail et à refaire naviguer cet hydrofoil… ?

L’engin vient d’être mis en place sur son ber - photo FM 03-2010

Les rencontres

Après le visionnage d’un film dédié au projet Hydroptère, la soirée s’est poursuivie par une visite commentée de l’exposition et enfin, par un cocktail agrémenté de quelques discours (madame Tabarly, le maire de Lorient Norbert Métairie, Alain Thébault).

Alain Thébault, Jacqueline Tabarly, Claude Tisserand…- photo FM 03-2010

Cette soirée fut l’occasion de rencontres forts intéressantes. J’ai apprécié de voir côte à côte Alain Thébault, qui est l’âme de l’Hydroptère, et Claude Tisserand, qui est un des pionniers des hydrofoils en France… Claude a fait le déplacement depuis la Corse. La Bretagne avait décidé de ne pas faire mentir sa réputation, puisqu’après plusieurs jours de beau temps, c’est sous le crachin que Claude est arrivé à Lorient…

Lors de la visite de l’exposition, Claude a résumé l’ensemble de son travail à un public attentif. Alain Thébault a pris le relais et a tenté de raconter en 10/15 minutes cette aventure de presque 20 ans.

Claude devant son « Totem » - photo FM 03-2010

Après la visite de l’exposition, Alain Thébault a fait le point sur les projets de son team et annoncé une remise à l’eau du bateau recordman du monde de vitesse, pour le mois de mai. L’Hydroptère est pour le moment dans le hangar d’Océan Développement (en face de la cité de la voile), où on lui « refait une beauté » et où il va retrouver une configuration haute mer…

J’ai pu m’entretenir avec les personnes de l’Harmatan qui ont montés l’exposition temporaire et discuter des difficultés qu’ils ont rencontrées pour monter cette exposition : pas facile de vulgariser un domaine technique pour le grand public.

Le prototype sur son ber avec les éléments de scénographie – photo FM 03-2010

Je terminais mon précédent article par : « A voir si vous êtes de passage en Bretagne sud », je ne peux maintenant faire autrement que terminer par :

« A voir absolument … »