Voilavion, en nav.

17 septembre 2012

Cet été j’avais décidé de mettre la pédale douce sur les sorties en mer, allant même jusqu’à décliner des invitations pourtant très alléchantes. Mais je n’ai pas pu dire non quand Patrice Magnard m’a contacté me proposant de naviguer sur Libellule, premier engin du projet Voilavion. Contacté le jeudi matin, Patrice m’a donné rendez-vous le lendemain à 12h00 à Port Blanc, port d’embarquement pour l’Ile aux Moines. Arrivé avec un peu d’avance je fais la connaissance de l’équipe. Patrice Magnard, bien sur, concepteur général du projet, mais aussi Maxence d’Audiffret, chef de projet chez Magnard Innovation et Matthieu Kerhuel chercheur à l’Ecole Centrale de Nantes spécialiste en mécanique des fluides et conseil scientifique. Après une rapide traversée vers l’Ile aux moines, nous déjeunons ensemble et discutons foils, foils et aussi foils !

Patrice, Louis, Matthieu et Maxence – photo F Monsonnec 08-2012

Les objectifs du projet

Pendant ce très agréable repas, nous abordons la question des objectifs du projet. Patrice, qui souhaitait réaliser un bateau avec gréement incliné depuis plus de 20 ans (voir précédent article de Foiler), ne cache pas son envie de passer à la taille supérieure si ce concept de gréement associé aux foils en T donne toute satisfaction. Ce pourrait être un 50 ou un 60 pieds capable de réaliser des vitesses équivalentes à celles d’un bateau de taille bien plus importante. Donc la possible solution pour éviter la course au gigantisme. L’idée n’est pas de battre le record de vitesse mais bien de produire un bateau très performant pour sa longueur et  pour toutes les allures et forces de vent. Une plateforme simple, fiable et si possible sur laquelle une ou plusieurs parties des foils pourraient être échangées par l’équipage en cas de problèmes. Le team compte poursuivre son travail sur le prototype Libellule encore plusieurs mois avant de faire le point et de peut être, si les objectifs sont atteints, d’envisager l’étape suivante. Patrice m’apprend que l’équipe s’est agrandie avec l’arrivée d’un skipper pro, Louis Burton, qui apporte sa science du pilotage pour accélérer la mise au point du bateau. Ci-dessous, une des dernières vidéos de Voilavion tournée en baie de Saint Malo.

Le bateau

Depuis sa mise à l’eau le bateau, qui en est à sa 25ème sortie environ, a évolué. Tout d’abord le gréement à été gonflé. Sur le nouveau mat de 11 m, le wishbone a été remplacé par une bôme très basse équipé d’un pousse-bas en carbone. Les foils eux aussi ont été modifiés. Ils sont plus profonds et finis les foils à volets, ils ont été remplacés par des foils en T avec, comme sur Force 8, un mouvement complet du plan porteur, Ces nouveaux foils sont beaucoup plus performants et permettraient d’atteindre des vitesses supérieures à 30 nœuds. Malheureusement une petite pièce de transmission a cassée quelques jours avant notre rendez-vous et l’équipe a remonté les anciens foils.

Voilavion au mouillage – photo F Monsonnec 08-2012

La nav.

Après avoir échangé avec Claude Tisserand par téléphone, et terminé notre repas, nous prenons le temps de nous habiller. Il va y avoir du vent, 25 nœuds annoncés, de quoi normalement bien s’amuser. Louis Burton arrive avec un zodiac et nous embarquons en direction de Libellule qui est mouillé à quelques encablures. L’équipe réalise quelques réglages et prend un ris. Rapidement Louis part accompagné d’un ami pour quelques premiers bords musclés.

 

Louis ajuste une biellette de transmission – photo F Monsonnec 08-2012

On ne rigole pas avec la sécurité – photo F Monsonnec 08-2012

En mode archimédien – photo F Monsonnec 08-2012

Le gréement au début vertical est incliné au vent et le bateau décolle assez rapidement. Les virements ont l’air de très bien se dérouler malgré le vent assez fort, la présence d’un fort courant et surtout du gréement cat-boat. Toutefois, nous nous rendons compte que lorsque le bateau est bâbord amure, la coque tribord à du mal à décoller. Nous laissons Louis faire ses essais pour aller chercher Gabriel Simon, journaliste du Télégramme. Il vient réaliser un article sur Voilavion et sur Louis qui après avoir réalisé une belle Route du Rhum sur le 40 pieds Bureau Vallée est en préparation du Vendée Globe sur le 60 pieds Bureau Vallée (ancien Delta Dore). Gabriel Simon, moins équipé que nous qui sommes en combinaison, va passer quelques heures très humides sur le zodiac, alternant arrosage d’eau salée et d’eau douce, le temps étant plus que couvert. De retour sur zone j’enfile un casque, comme tous les naviguant, et c’est partie pour de beaux runs dans 20 nœuds, rafales à 25. Le bateau est d’une grande simplicité. Je m’occupe du basculement du mat, opération qui s’effectue après chaque virement. La manœuvre déjà très simple, pourrait être encore simplifiée, l’équipe y réfléchit….

Gréement à la verticale– photo F Monsonnec 08-2012

Gréement incliné – photo F Monsonnec 08-2012

Le barreur est en charge de la seule écoute du bord. La « poutre centrale » qui se termine en rostre est très pratique. La bôme très basse permet d’avoir le maximum de toile et un CV le plus bas possible. Peut être que lorsque la voile est bien bordée, le trampoline joue le rôle de plaque d’extrémité ? Comme au début de la journée, bâbord amure, le bateau décolle avec difficultés même avec les réglages d’incidence en butée.

Malgré ce problème, qui sera finalement réglé en fin de journée, les accélérations et la stabilité du bateau sont vraiment incroyables, nous avons fait des runs à 20 nœuds et sommes montés à 23 nœuds dans une mer ventée. Lorsque le bateau se soulève, il accélère d’un coup pour ensuite monter en vitesse avec une grande sensation de sécurité.

Après de nombreux bords, nous rejoignons le reste de l’équipe restée sur le zodiac. Le lendemain l’équipe doit tenter de battre le record du tour de l’Ile aux Moines et attend une équipe de France 3 (ci-dessous le reportage diffusé sur Youtube).


Voilavion en vol – photo F Monsonnec 08-2012

Ce retour à terre permet à Patrice et Louis doivent donner « de la matière » à Gabriel Simon pour ses articles. Nous reprenons la bouée de corps mort sous voile et ceci dès la première approche, bravo Louis. Comme quoi, le bateau est très facile a manœuvrer ou surtout, le pilote est bon (ce doit être les deux…). Nous retournons sur la terre ferme prendre des boissons chaudes. Nous retournons le « continent », et je dois quitter cette chaleureuse équipe, non sens avoir une nouvelle fois prit le temps de discuter des autres projets de Magnard Innovation…

Le Télégramme édition Auray

Le Télégramme édition Auray

 

Conclusions

J’ai énormément apprécié cette journée en compagnie du team Voilavion, entre autre, l’approche de Patrice et de son équipe, basé sur l’expérimentation, sans annonce tonitruante, avec des objectifs bien définis et cohérents. L’idée directrice d’améliorer la vitesse moyenne d’un hydrofoil sans vouloir battre des records me semble une très bonne piste. C’est une voie qui permettrait de réellement tirer partie des hydrofoils tout en restant sous la barrière des 50 nœuds et donc de la limite des foils subcavitants. De plus, d’après l’équipe, le gréement incliné permet d’aider à la sustentation mais aussi de caler l’engin en altitude et de stabiliser la plateforme.

Voilà une équipe à suivre…

Voilavion en vol – photo F Monsonnec 08-2012

 

 

 

 

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